Rêver sous le capitalisme

Arte
09/10/18 ~ 00:45 - 01:45

Sur leur lieu de travail, à leur domicile ou dans un espace public, une trentaine de personnes racontent et analysent les rêves qu'ils font en lien avec leur travail, décrivant leur souffrance subjective. L'intention est de lancer un vaste travail de collecte de rêves, mené avec des médecins, afin de montrer comment le monde du travail s'imprime au plus profond de l'esprit. Quelques premiers rêves montrent la richesse de la méthode, déjà expérimentée par Charlotte Beradt qui, dans les années 1930, avait recueilli 300 rêves se rapportant à la montée du nazisme. Critique : Après avoir magnifiquement traité de souffrance au travail par le biais de consultations médicales (Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés, 2006), Sophie Bruneau revient sur le sujet en s’inspirant de la démarche de Charlotte Beradt, qui, dans l’Allemagne des années 1933-1939, recueillit les rêves de centaines de femmes et d’hommes de toutes conditions (1) . Rêver sous le capitalisme donne ainsi à entendre des récits d’empêchement, de malaise, d’oppression, voire d’aliénation, combinant sur un mode plus ou moins réaliste des éléments de la vie professionnelle d’une douzaine de rêveurs exposés aux rigueurs du capitalisme néolibéral. In ou off, ces témoignages d’un genre particulier dévoilent des psychismes éprouvés par des cadences excessives, des objectifs difficiles à atteindre, une déshumanisation en marche… L’onirisme diffus des représentations des lieux de travail sur lesquels se déploient ces souvenirs nocturnes les inscrit dans un espace mental aussi troublant que familier. Un espace où le sujet s’exprime aussi fort que le monde du travail le tue. Quel beau film !   (1) Rêver sous le IIIe Reich, de Charlotte Beradt, éd. Payot, 2002.