Pierre Richard, le discret

Arte
19/08/18 ~ 06:15 - 07:10

Tout au long de sa carrière, Pierre Richard a endossé de nombreux rôles, mais il demeure une énigme aux yeux du public et d'une partie de la critique. Son personnage est un révélateur : sa poésie lunaire, que le spectateur trouve touchante, finit invariablement par faire tomber les masques. Pour donner la réplique au distrait ingénu, l'auteur-réalisateur-interprète écrit des rôles de policiers, de militaires, de patrons, de bourgeois et de curés, figures symboliques de l'oppression dans les années 1970. Pierre Richard dépasse ainsi la comédie burlesque pour faire souffler, l'air de rien, un doux vent de révolte. Critique : Il fallait le faire : prendre le grand blond du bon pied, non plus seulement celui du pitre élastique, mais celui du créateur d’un personnage iconique (jusque dans l’ex-bloc communiste !), et surtout du réalisateur social des années 70. Le film met en lumière la trajectoire d’un hurluberlu qui traversa le cinéma français pendant quarante ans, en se prenant, certes, les pieds dans le tapis, mais pour mieux en secouer la poussière et en révéler les coins mités par la pub (Le Distrait, sa première réalisation, en 1970) ou l’hypocrisie des « respectables » marchands d’armes (Je sais rien, mais je dirai tout, 1973). Il aurait pu danser pour Maurice Béjart, il préféra le cabaret avec Victor Lanoux. Il aurait pu continuer à être un grand corps social déstabilisateur, il préféra le prêter à d’autres et le contraindre — l’éteindre, un peu, même, comme le regrettent de brillants intervenants, critiques des Cahiers du cinéma ou des Inrocks. Ainsi, le François Perrin « piège à cons » du Grand Blond avec une chaussure noire, de son poteau Yves Robert, devint le François Perrin (ou Pignon) de la trilogie de Francis Veber. Très joliment composé d’archives rares et de pantomimes de Pierre Richard lui-même, toison blanche et corps toujours aussi chaplinesque, ce documentaire est un vrai plaisir burlesque et poétique, qui convoque l’absence d’un père et la référence aux grands pairs…