La Continental : le mystère Greven

LCP
20/11/18 ~ 00:30 - 01:30

Ami de Göring, Alfred Greven, homme mystérieux, fut mandaté par Goebbels pour créer en France, sous l'Occupation, avec des capitaux allemands, la société de production Continental Films. La firme finança une trentaine de films, de Clouzot, Maurice Tourneur, Henri Decoin, André Cayatte ou Christian-Jaque. Qui était donc Greven, patron du plus novateur des studios français, né dans la plus sombre des époques ? Critique : Créée à Paris au début de l’Occupation à l’initiative de Joseph Goebbels, la Continental-Films fut dirigée par un certain Alfred Greven. Qui était cet homme mandaté par les nazis pour « produire des films légers », donc destinés, en gros, à vider la tête des Français pendant cette sombre période, mais qui n’en fit qu’à sa tête à lui, transformant ce studio en l’un des plus ambitieux et des plus novateurs ? C’est avec son assentiment qu’un chef-d’œuvre aussi scabreux que Le Corbeau fut produit, mais aussi La Main du diable, de Maurice Tourneur, ou une adaptation d’Emile Zola ( !), Au bonheur des dames, d’André Cayatte. C’est le sujet de ce documentaire : insaisissable, nazi de la première heure, mais tellement amoureux du septième art qu’il n’exerçait aucune censure et tenait à s’allouer (certes, même avec des manières coercitives) les plus grands talents français, y compris juifs ou communistes — voir le cas, incroyable, du réalisateur Jean-Paul Le Chanois, Jean-Paul Dreyfus de son nom de naissance… Pour cette enquête sur cette éminence du cinéma français, il fallait s’attendre à du noir et blanc, mais, au milieu d’images d’actualités et de photos de films subtilement entrelacées, quelques animatiques en couleur explosent, jolie trouvaille qui renouvelle la forme du documentaire classique. A la fin, même notre bible nationale Bertrand Tavernier continue de s’interroger sur la personnalité de Greven, cet homme dont il ne subsiste qu’une seule photographie…
 
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