Kaboul

Arte
Les guerriers de l'art
06/06/18 ~ 22:45 - 23:35

En Afghanistan, le théâtre, la danse, la musique ou le chant sont des arts jugés diaboliques par les taliban et ceux qui prônent un islam radical. Le 11 décembre 2014, au Centre culturel français de Kaboul, Azdar donne la première d'une pièce évoquant les attentats et la peur que subit quotidiennement la population afghane. «Le théâtre est le seul d'endroit où il ne doit pas y avoir la guerre», dit-on dans les travées. Mais les craintes de certains spectateurs s'avèrent fondées : au bout de vingt minutes, un kamikaze se fait exploser, faisant un mort dans le public et de nombreux blessés. Depuis, les membres de la troupe Azdar défient la mort. Critique : Institut français de Kaboul, jeudi 11 décembre 2014, vers 17 heures : ce jour-là, l’expression « art dramatique » est à prendre au pied de la lettre dans la capitale afghane. Un kamikaze déclenche son gilet piégé pendant la représentation d’une pièce de théâtre, Battement de cœur, le silence après l’explosion. Une pièce qui entendait dénoncer les ravages des attentats en Afghanistan. L’attaque fait trois morts, un journaliste afghan, un spectateur allemand et le terroriste, un adolescent de Kaboul que personne n’avait suspecté. Le documentaire, qui esquisse le portrait d’acteurs et de musiciens pleins de courage, demeure attachant malgré d’incessantes interviews en studio et un faux suspense complaisamment entretenu jusqu’aux séquences de l’attentat. Celles-ci permettent de vérifier jusqu’à l’horreur qu’il existe bel et bien un « silence après l’explosion ». Ce soir-là, il est vite englouti par les cris de la foule qui demande, angoissée : « Est-ce que c’est dans le spectacle ? » Trois mois plus tard, le 19 mars, une autre foule surgit aux abords d’une mosquée de Kaboul, elle poursuit de sa haine et jusqu’à la mort une jeune femme accusée de blasphème. Farkhunda avait 27 ans. Les images de son lynchage devant une police afghane indifférente feront le tour du monde. C’est pour elle que les acteurs remonteront sur scène, en pleine rue, sur le lieu même de son assassinat, au milieu d’une nuée de caméras. Le film, quoiqu’un peu fourre-tout, montre bien la fragilité d’une ville dont même les enclaves internationales commencent à céder sous la pression des talibans et de l’Etat islamique, entrés dans une macabre compétition.