Cette France qui n'attendait pas Macron

LCP
18/03/19 ~ 00:00 - 01:00

Lors du second tour de la présidentielle, la majorité des citoyens de l'Aisne se sont, soit exprimés en faveur de Marine Le Pen, soit abstenus. Pourquoi ? Le département picard, rural et sinistré, se sent abandonné. Ici, la colère est plus forte qu'ailleurs. Ce documentaire propose un voyage au pays de cette France invisible et hétérogène qui ne se reconnait pas dans le Président des «riches et des villes». Et, au-delà, qui se ne retrouve plus dans le système présidentiel tout court. Critique : C’est une France qui se lève tôt, ne compte pas ses heures mais soupèse chaque centime quand il faut remplir le chariot au supermarché. Une France qui se sent « invisible », abandonnée à son sort, et qui balance entre résignation et rage. A l’heure où les ronds-points s’habillent de jaune, Ludivine Tomasi a voulu essayer de comprendre les ressorts de cette colère diffuse. C’est dans l’Aisne, un des deux départements à n’avoir pas voté majoritairement pour Emmanuel Macron au second tour de la présidentielle, mais pour Marine Le Pen, avec 54 % des voix , qu’elle part ausculter, façon road trip immersif, ceux qui vivent, souvent survivent, bien loin de la « start-up nation ». Très empathique, la journaliste écoute les doléances mais surtout la résignation de Jean-Pierre, éleveur laitier, 980 euros par mois pour cent heures par semaine. « On est la France du stress », résume Valérie, sa femme, qui jongle avec les factures en attente et les menaces de coupure d’électricité, tout en croisant les doigts pour que sa voiture ne la lâche pas. Pour Dédé, le retraité qui trime dans sa casse automobile pour aider financièrement ses enfants, l’angoisse est aussi celle des fins de mois, bien avant celle de la fin du monde. Etudiant en rupture d’études, infirmier psychiatrique exténué par le manque de moyens… Le film esquisse le tableau disparate de vies toujours plus précaires, où dominent le sentiment d’injustice et une défiance profonde vis-à-vis du monde politique. Un coup de sonde dans la souffrance de ceux qui ont le sentiment d’être relégués à l’état de sous-France. Suivi d’un débat présenté par Elizabeth Martichoux.