3 Billboards : les panneaux de la vengeance

Canal+
23/02/19 ~ 21:00 - 22:55

Ebbings est une petite ville typique du Missouri où la police ne fait pas son travail. Racistes et homophobes, ces mêmes policiers n'ont pas résolu le meurtre de Angela Hayes, une adolescente et fille de Mildred Hayes. Après des mois d'attente, celle-ci n'en peut plus et a une idée ingénieuse pour réveiller les forces de l'ordre. Elle fait faire trois panneaux installés à l'entrée de la ville sur lesquels elle dénonce le manque d'implication desdits policiers. Evidemment cela ne fait pas plaisir au shérif Bill Willoughby qui veut ramener Mildred à la raison. Cela ne plaît pas non plus à certains habitants, qui réagissent avec plus ou moins avec violence... Critique : Folle de rage. Mais d’une rage froide. Mildred Hayes (Frances McDormand, oscarisée pour ce rôle) n’est pas du genre à jouer les hystériques dans un poste de police. Mais ce qu’elle veut dire, elle le dit. Et ce qu’elle a à faire, elle le fait. Louer, par exemple, trois panneaux sur une route peu fréquentée à l’entrée de sa petite ville. Pour y inscrire un texte vengeur sur l’incapacité des flics à retrouver l’assassin de sa fille, violée et tuée quelques mois auparavant. Et peu lui importe que le chef de la police soit atteint d’un cancer… Le film reprend habilement des valeurs que Hollywood célébrait jadis. C’est un subtil mélange de violence brute et d’humour noir. Comme les autres personnages, Mildred nage dans l’ambiguïté. Elle est obstinée, courageuse, emportée, mais se révèle ­aussi égoïste, murée dans son chagrin au point d’ignorer celui des autres. Presque aussi bornée que le flic réac qu’elle méprise. Depuis ses débuts au cinéma (l’étonnant, sombre et cocasse Bons Baisers de Bruges, où il jouait avec les rouages du film noir), le réalisateur Martin McDonagh éprouve ­visiblement une passion pour Shakespeare, comme en témoigne ici le flic exsangue. Même quand il n’est pas là, il semble rôder autour de ses concitoyens, tel le fantôme du père de Hamlet, avec les lettres amusées et lucides qu’il leur envoie. Le film se balade ainsi, en suspens, entre ombres évanouies et vivants inguérissables.
 
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