Tous les matins du monde, diffusion du 18/01/21
XVIIe siècle, en France. Un musicien misanthrope prend sous sa protection un jeune élève. Tout est retenu dans ce film austère, cérémonieux : les sentiments, les mouvements, les élans. La musique y est une fin et un moyen, celui d'exprimer l'ineffable. - Critique : Connu pour ses polars — Série noire (1979), l’un des plus poisseux du cinéma français —, Alain Corneau était aussi un mélomane averti. Sorti en 1991, Tous les matins du monde concilie exigence artistique et succès public… L’œuvre entraîna un regain d’intérêt pour la musique baroque en général et pour la viole de gambe en particulier : la bande originale, sous la direction de Jordi Savall, remporta un disque d’or. Pour adapter le roman de Pascal Quignard, le cinéaste procède par plans fixes à la beauté picturale, inspirés de la peinture du xviie siècle, des natures mortes de Lubin Baugin aux clairs-obscurs de Georges de La Tour. Il retrace la biographie, fictive, du violiste Jean de Sainte-Colombe (Jean-Pierre Marielle, dans un mémorable contre-emploi) et de son élève Marin Marais, joué alternativement par Guillaume Depardieu, écorché, et Gérard Depardieu, habité. Le premier, janséniste, compose dans les ténèbres d’une cabane de bois derrière son manoir. Le second, mondain, cherche la lumière à Versailles, symbolisée par la Marche pour la cérémonie des Turcs, de Lully. Soit l’opposition, selon les mots de Sainte-Colombe, entre le « musicien » et le « bateleur ». Car la musique, ici, reste fondamentalement associée à la mort, qu’elle serve à faire le deuil de l’être aimé, à accompagner un mourant ou à provoquer des apparitions fantomatiques.