Les enfants terribles, diffusion du 21/09/20
Collusion magique entre cinéma et littérature pour ce huis clos vénéneux et décadent. Un film fondateur pour les futurs cinéastes de la Nouvelle Vague. - Critique : C’est une scène célèbre et magnifique dans l’œuvre de Jean Cocteau : Paul, un jeune garçon, reçoit en pleine poitrine une boule de neige lancée par Dargelos, l’élève qu’il admire. Paul tombe malade. Il est soigné par sa sœur, Élisabeth, avec laquelle il vit un huis clos passionnel qui va tourner au drame. Séduit par le style du Silence de la mer, Jean Cocteau lui-même choisit Jean-Pierre Melville pour porter son livre à l’écran. Film littéraire donc, avec voix off (celle de l’écrivain), où l’enjeu est de recréer un monde étouffant, avec ange du mal et figures machiavéliques : Paul se prétend épris d’une jeune Agathe, qui n’est autre que le substitut de Dargelos (la même comédienne incarne les deux rôles). Et la sœur, devinant que cet amour n’est pas pour lui, en délivre son frère… Melville a préservé le charme vénéneux du livre et son côté intemporel. À sa sortie, le film déconcerta. Beaucoup furent dérangés par le jeu maladroit d’Édouard Dhermithe. Seuls les futurs réalisateurs de la Nouvelle Vague y virent une œuvre qui ne ressemblait à rien de ce qui se faisait alors dans le cinéma français. Dans le rôle d’Élisabeth, Nicole Stéphane (l’héroïne muette du Silence de la mer) est inoubliable.