La vérité, diffusion du 22/02/21

Canal+
22/02/21 ~ 23:18 - 01:02

Fabienne, actrice célèbre vieillissante, vient d'être engagée pour tourner dans un film de science-fiction. Et elle s'apprête à publier ses mémoires. A cette occasion, Lumir, sa fille, installée depuis longtemps à New York, vient la voir à Paris, avec son mari, un acteur de série B, et leur fille. Dans la grande maison avec jardin de Fabienne, les retrouvailles entre la mère et la fille se passent bien, jusqu'au moment où Lumir découvre que dans son livre, Fabienne s'est souvent donnée les apparences d'une mère aimante et attentionnée. Pour Lumir, elle était plutôt absente et totalement centrée sur sa carrière... - Critique : Un Japonais à Paris. Sans parler un mot de français, Hirokazu Kore-eda, fort de la Palme d’or et du succès international d’Une affaire de famille (2018), s’est vu proposer de tourner un film ici. Avec Catherine Deneuve, s’il vous plaît. Il en a écrit seul le scénario, a mené le tournage et le montage en osmose avec sa traductrice. Le résultat surprend, séduit, saisit, mélange fluide de cultures, où une belle maison de Montparnasse évoque une demeure traditionnelle du Japon, fantômes compris. À l’inverse d’autres réalisateurs étrangers invités à travailler en France, l’auteur de Still Walking et de Tel père, tel fils conserve sa personnalité une fois délocalisé. Il demeure un observateur subtil et malicieux des liens familiaux : mère-fille, en l’occurrence. Il réussit un film français, mais traversé par une ironie, une irrévérence venue d’ailleurs. Et d’abord à l’égard de son actrice-monument. Catherine Deneuve joue Fabienne, une star du septième art puissante, toujours active, le verbe assassin, ouvrant le film à un jeu constant entre réalité et fiction. Plus que bien des Français, Kore-eda ose s’aventurer loin dans les références à la biographie de Catherine D., dont on croit parfois reconnaître, au détour d’une scène ou d’une allusion, la sœur disparue, la fille, un ancien metteur en scène… Tout est vrai et tout est faux, évidemment. La vérité, c’est l’illusion. Deneuve est la complice de cette mystification authentique, de cette malicieuse démythification. Elle y gagne un rôle-somme somptueux, où s’illustrent tous ses registres, de la mélancolie à l’extrême fantaisie, avec toujours cette note de subversion détachée qui reste sa signature. Ainsi, à l’évocation, par un chauffeur de taxi, de Brigitte Bardot (qui tourna elle aussi un film intitulé La Vérité), Fabienne esquisse une moue sceptique — au mieux. La diva publie ses Mémoires, truffés de savoureux mensonges qui la mettent en valeur. À cette occasion, elle reçoit sa fille (Juliette Binoche, sobre et juste), devenue scénariste aux États-Unis, avec compagnon et enfant. La jeune femme a grandi dans l’ombre de sa mère illustre, accumulé blessures et rancunes avant de s’émanciper : les retrouvailles s’avèrent houleuses. Mais, en virtuose de la composition, Kore-eda leur superpose un autre face-à-face mère-fille, beaucoup plus virtuel : Fabienne tourne, ces jours-là, un film de science-fiction où elle joue l’enfant d’une femme immortelle qui, donc, ne change pas et semble de la génération suivante — trouvaille fructueuse. Les répliques de ce film dans le film, cruelles, portent sur la jeunesse éternelle de l’une et sur le vieillissement de l’autre, pourtant née après. Ce travail de cinéma est filmé comme un supplice nécessaire pour la vedette insubmersible, une violence qui est aussi une affirmation courageuse de son âge et de son talent. Un matin de tournage, après plusieurs prises insatisfaisantes, dans une atmosphère tendue, la star finit par s’effondrer et perdre connaissance. Stupeur pour l’équipe et aussi pour nous, spectateurs de La Vérité… Mais bien sûr, la grande actrice se relèvera. Sortie le 25 décembre.