Il était une fois..., diffusion du 06/03/19

Arte
«Le Procès de Viviane Amsalem
06/03/19 ~ 01:45 - 02:40

Le tout dernier film de Ronit Elkabetz, qu'elle a réalisé avec son frère Shlomi, mêle une histoire familiale et une radiographie de la société israélienne, où les femmes, considérées comme une «possession de leur mari», restent corsetées. Par leurs témoignages, les protagonistes du film, mais aussi des juristes, des philosophes et des militantes féministes mettent en évidence les archaïsmes et les contradictions d'un système patriarcal opprimant, qui prive les femmes du droit même de divorcer. Mais, en s'invitant dans les coulisses du film, ce documentaire en révèle aussi la dimension personnelle. Car pour écrire leur trilogie, Ronit Elkabetz et son frère Shlomi se sont inspirés de la vie de leur propre mère, séfarade marocaine exilée au Proche-Orient. L'ultime et bouleversant entretien d'un actrice majeure, disparue en avril 2016. Critique : Avec le film Le Procès de Viviane Amsalem (1) , Ronit Elkabetz et son frère Shlomi achèvent leur trilogie librement inspirée de la vie de leur mère. « Comment filmer la loi ? » est la question que se sont posée les réalisateurs avant d'opter pour un lieu unique, une pièce du tribunal, et un point de vue totalement subjectif. Se mettre à la place des personnages et refuser les plans objectifs, la neutralité d'un narrateur extérieur, voila la force du Procès. Replacer un film dans son contexte historique — cahier des charges de la série — est plus que jamais éclairant ici. En Israël, la séparation de la religion et de l'Etat n'existe pas, ni le mariage civil : cette femme, Viviane, qui demande le divorce devant un jury religieux s'oppose à un mur d'incompréhension. En questionnant une femme rabbin, un philosophe israélien, en intégrant le discours d'un député réformiste à la Knesset et en retraçant l'arrivée des juifs séfarades en Israël, le réalisateur du documentaire fait apparaître un pays prisonnier de ses contradictions. Et c'est quand il laisse parler les Elkabetz frère et soeur que l'émotion surgit, de leur belle connivence et de leur exigence. De leur lucidité, aussi : « Nous sommes arrivés ensemble dans ce monde pour créer quelque chose de grand », affirme Ronit avec un grand sourire. — Anne Dessuant   (1) Diffusé juste avant, à 20h55 (lire ci-dessus).