Grèce, année zéro, diffusion du 07/04/19

Arte
07/04/19 ~ 03:20 - 04:15

Depuis qu'elle a été contrainte par l'Union européenne et le FMI, en 2010 et 2011, à des réformes et à des économies drastiques en échange de prêts de 240 milliards d'euros, la Grèce est volontiers présentée, en France, comme une victime de l'Europe. En Allemagne, à l'inverse, elle est considérée comme largement responsable des tourments qui frappent la zone euro. Pour dépasser ces clichés, Jean Quatremer et Pierre Bourgeois ont choisi de partir à la rencontre de Grecs de toutes les conditions sociales, depuis les citoyens ordinaires qui, à Patmos comme à Athènes, ont souffert des mesures d'austérité, jusqu'aux responsables de tous bords chargés de mettre en oeuvre les réformes. Critique : L'an 2000 fait déjà partie de l'Antiquité. Aujourd'hui, tout est à reconstruire. Depuis la crise de la dette grecque — le pays a frôlé la faillite en 2010 — les salaires ont baissé de 20 % à 30 %, certaines pensions de retraite ont diminué de moitié et le taux de chômage frise les 30 %. Accablée, la population enrage. Qui sont les coupables ? L'ancien gouvernement et son système de corruption à grande échelle ? L'Europe, avec ses exigences et l'austérité qui en découle ? Le journaliste de Libération Jean Quatremer et le réalisateur Pierre Bourgeois sont partis interroger différents observateurs de cette crise qui a fait trembler l'Europe. Notamment l'historien Nicolas Bloudanis qui, depuis son île de Patmos, analyse assez finement les relations complexes que les Grecs entretiennent avec la notion d'Etat. Le film cible notamment la fraude fiscale, massive, presque « culturelle », dont le pays peine à se remettre (on estime que si l'évasion fiscale avait été réduite de moitié, la Grèce n'aurait jamais eu besoin d'emprunter à l'Europe et au FMI). Aujourd'hui, la classe moyenne subit de plein fouet les hausses d'impôts, quand l'Eglise, l'armée et certaines entreprises restent encore très protégées. Ce bon documentaire donne ensuite la parole au peuple grec qui tente d'obtenir réparation par tous les moyens. « On irait avec le diable s'il fallait », dit un chauffeur de taxi qui soutient le parti néonazi Aube dorée. D'autres partis émergent, comme la gauche radicale de Syriza ou le centre citoyen de La Rivière. Derrière la crise économique, la Grèce assiste à une recomposition inédite de son champ politique.— Erwan Desplanques