Empreintes, diffusion du 03/03/19
Karl Lagerfeld est sans doute le personnage le plus singulier de la haute couture française. Caché derrière ses lunettes noires, son catogan poudré, son col de chemise amidonné et ses mains baguées, il en intrigue certains. Il en agace d'autres. Thierry Demaizière et Alban Teurlai ont essayé de percer le mystère du vrai Lagerfeld. Ils remontent à la source, au petit Karl qui voulait «dessiner, lire et tout savoir» pour échapper à «l'humiliante condition d'enfant». Karl Lagerfeld a grandi à Hambourg, en Allemagne, auprès d'une mère martiale, pièce maîtresse de sa mythologie personnelle. Couturier certes, mais pas seulement, Karl Lagerfeld est photographe, éditeur, collectionneur. Critique : Documentaire de Thierry Demaizière et Alban Teurlai (France, 2008). 55 mn. Inédit. « Je ne sais rien de moi, confia un jour Jorge Luis Borges, pas même la date de ma mort. » Plus fort que le maître de Buenos Aires, le prince mercenaire de la maison Chanel feint d'ignorer jusqu'à sa date de naissance. Avec ce goût du paradoxe, ce sens du mot d'esprit destinés à complaire aux médias, Karl Lagerfeld s'est façonné l'image d'un excentrique amoureux du Grand Siècle, adoptant les manières d'un marquis poudré et la crâne arrogance d'un Stroheim hambourgeois. Que masquent les lunettes noires de ce dandy en constante représentation ? N'attendez rien de ce portrait. A l'opposé de toute démarche documentaire, Thierry Demaizière et Alban Teurlai embrassent sans barguigner le visage que leur sujet leur tend, ajoutant à ses propos piquants un commentaire ronflant (« Karl Lagerfeld n'est pas à la mode : il est la mode. ») et à ses poses avantageuses un attirail d'afféteries impersonnelles. Superficiel et flagorneur, ce numéro d'Empreintes ne fait rien d'autre que lustrer l'icône Lagerfeld. François Ekchajzer