Dans les brumes de Majuli, diffusion du 23/01/19

Arte
23/01/19 ~ 15:35 - 16:30

L'île fluviale de Majuli, située sur le Brahmapoutre, au nord-est de l'Inde, est constituée de 800 kilomètres carrés de sable. Elle abrite l'un des plus anciens groupes d'artistes du monde et une soixantaine de communautés de moines krishnaïtes. Tout, à Majuli, semble immuable. Mais sur ce bout de paradis pèse une grave menace : la fureur du fleuve qui, en cinquante ans, a dévoré un tiers de la surface de l'île. Son inscription sur la liste du Patrimoine mondial de l'Unesco pourrait peut-être la sauver grâce à l'envoi d'ingénieurs spécialisés. Pour l'heure, ce sont les moines qui, avec leurs faibles moyens, tentent d'endiguer l'inéluctable. Critique : Documentaire d'Emmanuelle Petit (France 2008). 55 mn. Inédit Goût aigre-doux d'un paradis en sursis. Majuli, île fluviale de la ­région d'Assam au nord-ouest de l'Inde, s'essouffle, suffoque et s'affaisse. Cette terre, où des communautés ­furent fondées au XVe siècle, vacille au contact des éléments. A l'ombre des ashrams, les moines pratiquent une philosophie existentielle centrée sur les arts vivants. De toute origine ou condition, certains honorent Krishna depuis l'âge de 3 ans et partagent leur temps entre danse, théâtre, études et travail aux champs. Une vie spartiate, mélange d'ascétisme technologique et de spiritualité. Mais ce lieu meurt à petit feu. En cinquante ans, un tiers de l'île a disparu. Erosion et inondations auront bientôt raison de sa beauté. Villages et monastères retournent à la poussière. Nos irréductibles n'ont d'autre choix que de construire d'improbables digues de bois. Les moines, espérant un geste des autorités indiennes, gardent ­envers et contre tout la foi. En attendant que le déluge les déloge. La nature luxuriante explose à travers des plans de brumes récurrentes, suscitant une infinie poésie. La réalisatrice alterne rythme dynamique des routes qui défilent et éloge de la lenteur. « La richesse des silences, c'est qu'ils donnent à entendre tout ce que les flots de paroles détournent. » La contemplation onirique d'un espace en péril, ivre d'hommes et de nature. Gabriel Hahn