Alger, diffusion du 30/01/19

Arte
La Mecque des révolutionnaires (1962-1974)
30/01/19 ~ 01:50 - 02:36

De 1962, année de son indépendance, jusqu'en 1974, l'Algérie aide activement les mouvements anticoloniaux et les révolutionnaires du monde entier. Avec son sens de la formule, Amilcar Cabral, le fondateur du Parti africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cap-Vert - PAIGC - qualifiera le pays de «Mecque des révolutionnaires». Dirigée par le tandem Ahmed Ben Bella, à la présidence, et Houari Boumediene, au stratégique ministère de la Défense, l'Algérie jouit alors du prestige d'une indépendance acquise par les armes. Suivant l'inspiration de Fidel Castro et du Che, qui réserveront à Cuba un accueil triomphal à Ahmed Ben Bella, le pays s'impose comme le leader des aspirations des peuples du tiers-monde. Le régime apporte un soutien total aux opposants qui viennent à lui, aussi bien moral que diplomatique et financier. Critique : En 2006, dans son remarquable documentaire Cuba, l'odyssée africaine, la cinéaste égyptienne Jihan el-Tahri éclairait les coulisses de l'engagement cubain, trente ans durant, aux côtés des mouvements de libération africains. C'est à un autre acteur de « l'internationalisme révolutionnaire » que s'attache le film de Ben Salama, mettant au jour un chapitre méconnu de la diplomatie algérienne. De l'indépendance, en 1962, au mitan des années 70, l'Algérie de Ben Bella puis de Boumediene se veut terre d'accueil des militants du tiers-monde, en lutte contre l'oppression coloniale ou raciale. Véritable « pouponnière » insurrectionnelle, Alger sera, une décennie durant, le point de passage effervescent des non-­alignés, des indépendantistes de tout poil. Qui y trouvent soutien logistique, financier, militaire et diplomatique. De Mandela au Che, qui y échafaude son « expédition » au Congo, en passant par les « rebelles » du Mozambique, de Guinée-Bissau, d'Angola, ou encore les Black Panthers... tous font ­escale dans la capitale « blanche ». Formidable tissage d'archives rares — réception de Ben Bella par Kennedy, entretien de Boumediene avec Reagan...—, le filme arrache à l'oubli une période faste de la politique internationale de l'Algérie, ­résolument non alignée, refusant toute subordination vis-à-vis de Washington ou de Moscou. Pour rendre compte d'une telle ébullition, de ses multiples acteurs, du contexte politique et économique algérien, sans donner le sentiment, parfois, d'un survol, d'une analyse un peu maigre, sans doute eût-il fallu disposer d'un format plus long. Reste la trace d'une parenthèse éblouie, riche de solidarité, de ferveur, de combats pour la liberté. — Marie Cailletet