007 Spectre, diffusion du 06/12/20
Un monde délétère à nouveau sauvé par un voyou raffiné : Sam Mendes a-t-il réinventé Bond ? Ou celui-ci n’est-il plus que le fantôme de lui-même ? - Critique : Quand il a repris les rênes d’une saga languissante (dopée par le surgissement dans Casino Royale d’un Daniel Craig sexy), Sam Mendes n’a eu de cesse de transformer en silhouette shakespearienne l’espion macho imaginé par Fleming. Dans Skyfall, il en faisait la victime d’un « frère » qui, à défaut de pouvoir coucher avec lui, se décidait à tuer leur « mère » : la patronne des services secrets. Cette fois, il est quasiment dépassé. Ce sont les drones, et non les hommes, qui éliminent le terrorisme. Des poursuites, il y en a, spectaculaires, mais filmées sèchement, comme un exercice obligé. Le reste du temps, ce que filme le cinéaste, c’est la peur. 007 Spectre joue sur le poids des décors, sur le comportement des personnages, et renoue avec les discordances lumineuses de l’expressionnisme : Londres, sombre, et Rome, aussi noire que la veuve incarnée par Monica Bellucci, contrastent avec la blancheur aveuglante de l’épisode autrichien. Et avec l’épure ocre du duel final.