Yémen : les enfants et la guerre

LCP
01/11/18 ~ 00:30 - 01:30

La réalisatrice Khadija Al Salami a confié sa caméra à Ahmed, onze ans, Rima, huit ans, et Youssef, neuf ans, trois enfants yéménites qui vivent depuis trois années sous les bombardements quotidiens de l'aviation saoudienne. Alors qu'aucune caméra ne peut plus pénétrer dans le pays, ils racontent cette guerre oubliée, recueillent les témoignages d'autres enfants blessés, d'orphelins ou d'adultes. Critique : C’est un témoignage rare que livre la réa­lisatrice yéménite Khadija al-Salami. D’abord, parce que les caméras ne s’aventurent plus, ou si peu, aux confins de cette Arabie autrefois « heureuse », que ravage ­depuis 2014 une guerre à huis clos — le pays est fermé aux journalistes — entre le gouvernement, soutenu par la communauté internationale et une coalition de pays arabes menée par le puissant voisin saoudien, et les rebelles houthis. Ensuite, parce que c’est à travers les yeux et les mots d’enfants qu’elle choisit de documenter le conflit et ses conséquences sur la population. Dans les rues de la capitale, Sanaa, ville vieille de deux mille cinq cents ans et que trois années de bombar­dements de la coalition seront parvenues à réduire en ruines, Khadija al-Salami met ses pas dans ceux d’Ahmed, 11 ans, et de son neveu Youssef, 8 ans. Elle confie à ces derniers le soin d’aller recueillir, à l’aide d’un téléphone portable, les confidences de gamins bien souvent plus jeunes qu’eux et la parole d’adultes qui tentent d’alerter le monde sur le sort tragique de leur pays. Souvent extrêmement poignant, le sujet rencontre deux principaux écueils. D’une part, le traitement uniquement testimonial, qui interdit toute possibilité de contextualisation, pourtant nécessaire, des enjeux de ce conflit qui reste globalement ­méconnu. D’autre part, les appels récurrents à la responsabilité de l’Union européenne (qui continue de vendre des armes à l’Arabie saoudite), fortement suggérés par la réalisatrice à des enfants qui n’y entendent manifestement rien…