Wonder Wheel

Canal+
23/03/19 ~ 07:55 - 09:30

Coney Island, dans les années 1950. Ginny, une ancienne actrice impulsive et émotive, travaille désormais comme serveuse dans un restaurant de fruits de mer. Elle est marié à Humpty, le gérant d'une grande roue du parc d'attractions. De son côté, Mickey, un beau sauveteur en mer, rêve de devenir un auteur de pièces de théâtre. Carolina, la fille de Humpty qui avait autrefois coupé les ponts avec ce dernier, refait surface. Elle veut se réfugier dans l'appartement de son père afin d'échapper à des gangsters. Le retour de l'enfant prodigue ne plaît guère à Ginny, bientôt sous le charme de Mickey... Critique : Jamais Woody Allen ne s’est autant approché, par la fiction, de sa rupture, en 1992, avec Mia Farrow (héroïne de treize de ses films), consécutive à sa relation avec la fille adoptive de l’actrice. Le scénario romance considérablement l’épisode, mais l’analogie s’impose, comme s’il s’agissait pour Allen de livrer son point de vue d’artiste. Soit, donc, Mickey (Justin Timberlake), sa maîtresse (Kate Winslet) et la belle-fille de cette dernière (Juno Temple). Nous sommes dans les années 1950, à Coney Island, plage du sud de Brooklyn, au cœur d’un parc d’attractions. La reconstitution, enluminée de couleurs vives, pourrait faire croire à une suite tardive du pimpant Radio Days (1987). Mais d’emblée, Mickey explique en voix off que le site a perdu de son éclat. La note est donnée : un air de déclin. La grande roue du titre, souvent visible à l’arrière-plan, se prête aux métaphores mélancoliques, et notamment celle de la fortune qui passe. Le cinéaste ne passe rien à son héroïne, comédienne ratée et mauvaise perdante. Mais les autres personnages ne sont pas mieux lotis. Les hommes sont soit repoussants, soit creux et inconséquents, ballottés d’un désir à l’autre. Les femmes, crédules et possessives. Wonder Wheel n’est pas un drame au sens où l’était September ou Une autre femme. Toute forme d’empathie y a disparu au profit d’un rire sarcastique et désespéré. Le narrateur séducteur n’a, pour expliquer ses revirements fatals, que cette formule désinvolte, peut-être testamentaire : « Le cœur a ses hiéroglyphes… ».
 
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