Viva la vulva

Arte
17/03/19 ~ 05:15 - 06:05

Dans la plupart des langues, les noms attribués au sexe féminin relèvent aussi des pires insultes. A la fois omniprésent dans le langage familier et profondément tabou, il suscite toutes les contradictions et toutes les frayeurs. A travers l'histoire, la manière dont la vulve a été représentée ou dissimulée dans l'art, dans les enseignements religieux ou encore dans les théories scientifiques reflète le contrôle exercé par les sociétés sur la sexualité féminine. Gros plan sur la condition des femmes sous l'angle de l'image et de la perception de leur corps et sur les nouveaux tabous et diktats esthétiques relatifs à leurs organes génitaux. Critique : « Papaye », « love taco », « pot de miel », « grotte d’amour »… Il existe mille mots doux pour désigner l’origine du monde. Alors pourquoi s’acharner à la diaboliser ? « On dit d’un type qu’il est un con. C’est quand même très ­intéressant de voir que l’insulte la plus utilisée dans la langue française, c’est le sexe féminin », déplore ainsi Ovidie, auteure, documentariste et ex-star du X. Galvaudé dans le langage familier mais toujours tabou, cet obscur objet du désir n’a cessé de susciter dégoût, terreur et fascination. La réalisatrice Gabi Schweiger questionne à travers lui la condition des femmes et la perception de leurs corps. Malgré son titre alléchant, si l’on peut dire, Viva la vulva n’a rien de sexy. Ce documentaire théorique explore la mythologie liée aux organes génitaux féminins. Emaillé de moulages de vulves, de dessins ludi­ques et d’objets d’art (sculptures ­romanes, imageries hindouistes, tableaux de maî­tres), il pointe de tout temps le con­trôle du patriarcat, des religions et des ­sociétés sur la sexualité et le désir féminins. Fouillis mais éloquent, le film aborde une multitude de thématiques : la répulsion des menstrues, la violence de l’ex­cision, les mariages forcés, ou la nym­phoplastie — une opération des petites lèvres qui se popularise au nom des nouveaux diktats esthétiques véhiculés par le porno. Cinquante ans après la révo­lution sexuelle, à l’ère post-#MeeToo, la vulve ­va-t-elle enfin acquérir ses lettres de noblesse ?