Une si jolie petite plage

France 5
11/05/20 ~ 22:50 - 00:15

Pierre revient sur les traces de son enfance et débarque dans un hôtel miteux du Nord, sous une pluie hivernale. Ce drame existentialiste – dans lequel brillent Gérard Philipe et Madeleine Robinson –, injustement boudé à sa sortie, est désespérément beau. - Critique : Yves Allégret, frère de Marc, réalisa à cette époque trois grands films coup sur coup : Dédée d’Anvers, Manèges et cette Si jolie petite plage. Il pleut dans ce village du bord de la mer du Nord où Pierre débarque une nuit d’hiver lugubre, « pour [s]e reposer ». Dans le seul hôtel ouvert en cette saison, un vieillard muet semble le reconnaître. Pierre n’est pas étranger à ce village détrempé, à cette plage déserte. Sans doute est-il revenu à l’origine de son drame. Il ne supportera pas longtemps que la patronne de l’hôtel rudoie un gamin de l’Assistance publique qui lui ressemble comme un frère et qu’elle passe sans fin un disque de cette vieille chanteuse qui vient d’être assassinée à Paris… Il n’y a pas de plage d’espoir pour les exploités dans cette poignante peinture : par essence, certains sont faits pour souffrir, pour devenir gigolos, pour tuer. Tout recommence toujours, comme une chanson de malheur écoutée en boucle. Gérard Philipe incarne idéalement cette détresse, cette résignation à un destin funeste. Quelques années plus tard, Les Orgueilleux valut à Allégret d’être qualifié de « réalisateur sartrien ». Une si jolie petite plage est au contraire un drame anti-existentialiste, où la seule liberté de l’individu réside dans la mort.