Une femme dans la tourmente

Arte
15/08/20 ~ 00:30 - 02:05

Une jeune veuve de guerre tient à bout de bras l'épicerie de sa belle-famille, au risque de sacrifier son bonheur. Une actrice exceptionnelle, Hideko Takamine, pour un admirable portrait de femme – un de plus ! – par le grand maître Naruse. - Critique : Veuve de guerre après seulement six mois de mariage, la belle Reiko n’a jamais voulu se remarier. Dix-huit ans plus tard, elle tient toujours à bout de bras la petite épicerie de sa belle-mère, malgré la concurrence des supermarchés. À ceux qui s’étonnent de cette vie de labeur et de privations, Reiko ne cesse d’affirmer son bien-être. Jusqu’à ce que son jeune beau-frère à la vie dissolue lui déclare sa flamme… Comme dans la plupart des mélodrames de Mikio Naruse, Une femme dans la tourmente débute dans une relative légèreté pour aller crescendo vers la tragédie. La vision sarcastique et un rien cruelle des relations familiales, l’arrière-plan social sur l’essor de la grande distribution s’effacent peu à peu pour laisser place à la description d’un amour impossible : entre une femme prisonnière du passé ainsi que des convenances et un homme de dix ans son cadet. Reiko est une figure familière du cinéma de Naruse : elle est fidèle à son mari au-delà de la mort et elle pousse jusqu’au sacrifice son sens du devoir familial. Mais son aspiration secrète à l’amour subsiste derrière les apparences d’un cœur en hiver. Hideko Takamine, actrice fétiche du cinéaste, est, une fois de plus, admirable par sa capacité à contrôler les émotions du personnage. Jusqu’à ce que des larmes trop longtemps refoulées viennent perturber son visage si lisse : retour de la vie, risque de l’amour… Le dernier quart d’heure, où Reiko s’approche d’un bonheur qu’elle cherche désespérément à fuir, est bouleversant.