Une famille syrienne

Canal+
11/09/18 ~ 01:10 - 02:35

Rester cloîtré dans son appartement. C'est le quotidien d'une famille de Damas en Syrie, en pleine guerre. Une famille ordinaire et parmi d'autres qui fait ce qu'elle peut pour continuer à vivre, au jour le jour. L'appartement, avec porte blindée et constamment vérouillée, est devenu une sorte de bunker. Tout y est organisé en fonction de la pénurie. Il s'agit tous les jours de tenir un jour de plus. Oum et les siens ont accueilli Halima qui vient d'avoir un bébé. Avec son mari, elle annonce à son hôte qu'elle veut tenter sa chance et partir à Beyrouth. Pendant ce temps, les bombes se rapprochent de plus en plus de l'immeuble où vit la famille... Critique : | Genre : migrants en devenir. La guerre, d’un matin blême à un autre. A l’intérieur, les occupants tentent de poursuivre une demi-vie, otages de tout ce qui rôde, explose et mitraille au-dehors. Mais ils ont beau se terrer, le mal les rattrape, s’infiltre comme une poussière toxique… Dans l’immeuble, quelque part dans une ville syrienne indéterminée, tout le monde a fui, sauf eux : une famille (trois générations) cohabite avec la bonne et un couple de voisins recueilli avec son bébé. Unité de temps et de lieu : on ne sortira presque jamais du huis clos de cet appartement, dont l’imposante bibliothèque, les buffets couverts de cadres et les canapés profonds sont les vestiges d’un monde mort. Un décor d’avant les bombes, les pillards et les snipers. Dans ce cadre presque théâtral, l’attente perpétuelle, heurtée d’alertes affolantes, de brusques saccades, suggère l’angoisse, l’impuissance et la ­claustration. Il n’est pas nécessaire de montrer les ravages militaires d’un conflit pour bien l’évoquer. Le film nous en fait partager un aspect bien plus insupportable : un état de siège permanent, une distorsion intime du quotidien. Pour que cette violence s’incarne, il fallait de beaux personnages, ­déchirés entre la nécessité de fuir et le ­besoin de rester. De la mélancolie tendre et funèbre du grand-père, fantôme d’une autre époque, à l’énergie dure de sa belle-fille, tous sont inoubliables de présence et de vérité.