Une exécution ordinaire

Canal+
09/04/19 ~ 01:05 - 02:45

Une magnétiseuse (Marina Hands, parfaite) au chevet de Staline… Premier film réussi pour l'écrivain Marc Dugain, et composition magistrale d'André Dussollier en tsar rouge terrifiant. Critique : | Genre : peur sur le Kremlin. Fin 1952, Staline convoque une urologue aux dons de magnétiseuse pour calmer ses douleurs. Pour Anna, c'est un honneur mais aussi un piège. Personne ne doit savoir, sous peine de disparaître. Personne, pas même son mari. Pour lui sauver la vie, Anna se résigne à le quitter, prétextant avoir pris un amant. Pendant les vingt-cinq premières minutes, Staline reste invisible. Mais il est présent dans tous les esprits : une menace latente qui peut frapper à tout moment. Pour son premier film, le romancier Marc Dugain restitue avec brio ce climat de terreur ordinaire, où les couleurs semblent avoir disparu. Les décors éclairés a minima cernent les personnages jusqu'à l'oppression. Le léger tremblement des images accentue ce sentiment d'incertitude — le secret de l'efficacité en politique, affirmait Staline... Après ce prologue efficace, comment ne pas être impressionné par l'apparition du « tsar rouge » ? Seule la voix permet de reconnaître André Dussollier, silhouette empâtée et visage tavelé. Sa diction et ses silences sont si troublants qu'on ne sait jamais à quoi s'attendre. Douceur et perversité, intelligence aiguë et folie froide, son Staline est aux antipodes des portraits caricaturaux des dictateurs au cinéma. Il n'en est que plus terrifiant. — Samuel Douhaire