Une année polaire

France O
07/04/20 ~ 19:55 - 21:25

Pour Anders, un grand gaillard de 29 ans plutôt sympathique, fils unique d’un fermier, la désillusion est au rendez-vous après quelque temps passé à Tiniteqiilaq, un hameau inuit de 80 habitants qu’il a choisi, par désir d’aventure, pour son premier poste d’instituteur. Les conditions de vie sont très difficiles et les quelques écoliers sont insupportables ou absents, préférant aller chasser ou pêcher. Les familles, qui ignorent totalement l’instituteur, se moque du danois et préfère que leurs enfants apprennent le dialecte groenlandais. Totalement isolé au début de l’hiver, Anders tente de s’intégrer en partageant le mode de vie et les traditions du lieu... - Critique : Anders, fils de fermiers danois, se porte candidat à un poste d’instituteur à Tiniteqilaaq, quatre-vingts habitants, sur la côte est du Groenland… Le réalisateur cultive un mélange fécond entre documentaire et fiction : Anders est interprété par le vrai instituteur de « Tinit », qui revit sa première année scolaire au bord de la banquise face à ses élèves, eux aussi dans leur propre rôle. La découverte d’un mode de vie si éloigné du confort européen produit de savoureux effets comiques. Mais Samuel Collardey sait aussi se montrer plus grave pour rappeler que le Groenland reste une colonie. L’apprentissage de l’instituteur se double d’un autre récit initiatique. On suit le quotidien d’Asser, adorable gamin qui fait l’école buissonnière pour pêcher le saumon ou chasser le phoque avec son grand-père. Le réalisateur filme cette transmission d’une culture traditionnelle menacée par la modernité avec beaucoup de tendresse et de complicité. Sur la fin, la chronique paisible se transforme même en grand film d’aventures. Anders et Asser partent plusieurs jours en traîneau à chiens pour chasser l’ours blanc. Ce n’est plus seulement, alors, un Être et avoir chez les Inuits, façon Nicolas Philibert, mais un hommage à Nanouk l’Esquimau, la première « fiction du réel » de l’histoire du cinéma.