Un homme est mort

Arte
13/06/18 ~ 22:35 - 23:45

En 1950, à Brest, alors en pleine reconstruction après la Seconde Guerre mondiale, les ouvriers du bâtiment se mettent en grève afin d'obtenir une hausse des salaires. Ils réclament «pain, paix et liberté». Le 17 avril, trois amis ouvriers, P'tit Zef, Edouard et Désiré, participent à une manifestation organisée par la CGT quand de violents affrontements surviennent. Les policiers tirent sur la foule et Edouard s'écroule. Son meilleur ami P'tit Zef est rongé par la colère. Les syndicalistes, eux, veulent continuer le combat. Ils font appel à René Vautier, cinéaste engagé, pour filmer la solidarité ouvrière qui s'organise après le drame... Critique : C’est un jour de révolte presque ordinaire, ce 17 avril 1950 à Brest, immense chantier à ciel ouvert des années d’après guerre. Un long cortège d’ouvriers qui marchent en rangs serrés, bien décidés à faire entendre leurs revendications. Et moquent « la flicaille », sbires casqués du patronat et du ­capitalisme. Quitte à en découdre ? Pavés et lacrymos volent bientôt de part et d’autre, quand tout à coup l’ordre de tirer sur les manifestants est lâché. Les balles fusent, sidération générale… Un homme reste à terre, touché en pleine tête. Le syndicat CGT demande au jeune cinéaste René Vautier (futur auteur d’Avoir 20 ans dans les Aurès) de rappliquer avec sa caméra… Cette adaptation de la fameuse bande dessinée de Kris et Etienne Davodeau (1) prend le parti de s’en affranchir, et c’est heureux, à quoi bon refaire la même chose. Plutôt que René Vautier, c’est désormais Ti-Zef qui est au centre du jeu. Ti-Zef l’écorché vif, l’ouvrier militant tout entier voué à sa cause. Résultat, une version animée honorable, mais pas tout à fait à la hauteur de son modèle. A croire qu’en passant à travers la moulinette de la fabrication des films d’animation, le trait du dessin a été « standardisé » — mais peut-être attendons-nous trop de l’animation pour adultes, ce genre si prometteur (Valse avec Bachir, Aloïs Nebel, Anomalia…) dont on nous annonce sans cesse l’âge d’or… Cela étant, Un homme est mort offre un éclairage émouvant sur ce chapitre tragique de l’histoire de la lutte ouvrière. (1) Un homme est mort, éd. Futuropolis.