Un fil à la patte

France 5
12/04/20 ~ 19:55 - 22:10

A la veille de son mariage, Fernand de Bois d'Enghien veut rompre avec sa maîtresse, la chanteuse Lucette Gautier. Mais il lui est bien difficile d'avoir une conversation sérieuse avec la belle Lulu, plus amoureuse de lui que jamais, au milieu d'un tourbillon d'admirateurs. D'abord Gontran de Chenneviette, père de son enfant ; puis Ignace de Fontanet, l'ami fidèle ; Irrigua, un général d'Amérique du Sud qui dilapide en bijoux le budget de la défense nationale, ou encore l'ineffable Bouzin, auteur de mauvaises chansons quand il n'est pas clerc de notaire. Alors, fatigué après une nuit d'amour et afin d'éviter un drame, Fernand de Bois d'Enghien se tait. Mais le pire se prépare. La baronne Duverger, future belle-mère de Fernand, a invité Lucette à venir chanter au mariage de sa fille. Lulu a accepté, ignorant que le marié n'est autre que son bien-aimé... - Critique : Avec la captation en direct, rien n'est jamais garanti : les contraintes sont telles qu'il faut au réalisateur beaucoup de talent pour les surmonter et rendre la vitalité du théâtre à l'écran. N'empêche... voilà une soirée sacrément tentante. Car ce Fil à la patte est le grand succès public (et critique) de la vénérable Comédie-Française, cette saison (1). Sous la houlette du père de la famille Deschiens, Jérôme Deschamps, la troupe y affiche une élégance fluide et une féroce énergie. Sans doute le metteur en scène - d'habitude plus iconoclaste - a-t-il péché ici par trop d'application sage dans sa vision réaliste des décors (alors qu'il s'amuse avec les costumes), mais la cocasserie folle l'emporte. Ce premier titre, d'une rafale au fil de laquelle, de 1894 à 1899 (L'Hôtel du Libre-Echange, Le Dindon, La Dame de chez Maxim), Feydeau le vaudevilliste aiguise sa belle mécanique (y compris linguistique), est une très belle occasion de rire. Lucette Gautier, reine des cafés-concerts parisiens, est trahie par son amant qui organise en cachette un mariage avec une riche héritière. Pendant les deux premiers actes, elle n'y voit que du feu. Et les quiproquos s'enchaînent... Sans que Bouzin - l'insipide clerc de notaire - n'y comprenne quoi que ce soit depuis son tout petit poste d'observation. Qui devient néanmoins, grâce à la composition clownesque de Christian Hecq, l'autre rôle pilier du spectacle face à Florence Viala, tordante et subtile Lucette jusqu'au bout de ses cheveux ébouriffés...   (1) En alternance, jusqu'au 18 juin.