Un faux air de Giacometti

France 5
11/02/19 ~ 03:20 - 04:10

En 2009, alors que la cote du sculpteur Alberto Giacometti bat des records sur le marché de l'art, une affaire de faux éclate en Allemagne, révélant l'existence de plus de mille contrefaçons de l'artiste, cachées dans un entrepôt de Mayence. Pendant dix ans, deux marchands allemands associés à un faussaire hollandais ont réussi à écouler des centaines de fausses sculptures, dont certaines ont même été exposées dans les musées. Comment les membres du gang ont-ils fait pour réaliser autant de copies et convaincre les collectionneurs de l'authenticité des oeuvres ? Quelles pistes ont suivi les enquêteurs avant de pouvoir confondre les coupables ? Critique : L’homme, dans sa retraite de Thaïlande, ressemble aux antihéros des romans de Georges Simenon. Ce documentaire, qui se regarde comme un polar, le montre un peu perdu devant les toiles posées dans son atelier : des copies de Jackson Pollock, Van Dongen, Roy Lichtenstein, Pierre Bonnard. « Ces artistes ont réussi à faire bouger les lignes, confesse Robert Driessen dans un sourire triste. Ce que je n’ai jamais réussi à faire. » Aujourd’hui, le retraité néerlandais signe de son nom, cela ne fut pas toujours le cas. Un tribunal allemand l’a condamné à cinq ans de prison pour avoir confectionné un millier de bronzes et de plâtres signés Alberto Giacometti. Le trafic prit son essor alors que la cote de l’artiste suisse ne cessait de grimper : L’Homme au doigt se vendit 126 millions d’euros en 2015, un record pour une statue. Le film brosse les portraits des trois Pieds Nickelés à l’origine du trafic. La tête pensante, un ancien cheminot allemand, s’inventa une particule aristocratique. Le « comte » von Waldstein prétendait détenir de Diego, le frère d’Alberto, des centaines d’œuvres non repertoriées. Le scandale culmina en 2007 lors d’une grande exposition au Kunsthalle de Mannheim, où six statues de Giacometti furent toutes déclarées fausses. Cette affaire dans l’affaire est à peine effleurée, c’est la seule réserve que l’on peut formuler au sujet de ce documentaire rigoureux et palpitant.