Un divan à Tunis

Canal+
22/10/20 ~ 07:19 - 08:44

Après la chute du dictateur El Abidine Ben Ali, Selma, 35 ans, revient dans son pays natal après une décennie à Paris, où elle a exercé comme psychanalyste. Selma voudrait ouvrir un cabinet de psychanalyse à Tunis, pour aider les citoyens locaux à appréhender les changements culturels et sociaux qui sont en train de se produire. Elle peut compter sur sa coiffeuse pour lui envoyer ses premiers patients. Mais Selma n’est pas mariée et on imagine que ses séances de psychanalyse où l'on parle de sexe ne sont pas morales. Comme si cela ne suffisait pas, Selma devient la cible de la bureaucratie car elle n’a pas l'autorisation qu'il faut de la part du gouvernement... - Critique : Quand une jeune psychanalyste formée en France, persuadée de pouvoir ouvrir un cabinet dans sa ville natale, s’installe, c’est Freud qui débarque à Tunis ! Mais vouloir exercer ne sera pas une promena­de de santé pour la belle entêtée… La jeune réalisatrice prend le parti de la légèreté pour radiographier son pays « schizophrène », qui, au lendemain de la révolution, est tiraillé entre traditions religieuses et besoin de parler pour se reconstruire. Le divan de Selma devient le petit théâtre d’excès drolatiques mais aussi de beaux moments de blues et d’interrogations politiques. Un boulanger traumatisé par la dé­couverte de sa part féminine, une coiffeuse trop exubérante pour être heureuse, un imam rejeté, un policier intègre, mais aussi la nièce de Selma, prête à tout pour quitter la Tunisie et qui ne cesse d’apparaître quand on ne s’y attend pas : cette galerie de personnages hauts en couleur évoque la comédie à l’italienne, et dessine une douce satire des désirs et des empêchements d’un peuple… Face à ce petit monde, Golshifteh Farahani, marchant dans les rues comme un petit soldat en jean, ou pestant au volant de sa vieille guimbarde, irradie, nouvelle étoile de la comédie.