The Florida Project

Canal+
24/02/19 ~ 03:00 - 04:50

Dans un motel de la banlieue d'Orlando, Moonee, fillette délurée de 6 ans, fait les quatre cents coups avec ses amis, Scooty et Jancey. Elle passe son temps à embêter les clients, des familles déshéritées, souvent des femmes seules avec leurs enfants, et qui n'ont jamais franchi les portes de Disneyworld, à quelques centaines de mètres de là. Les enfants enchaînent les bêtises sous l'oeil, mi-désespéré, mi-amusé de Bobby le gérant du motel. La mère Halley, jeune femme désocialisée, passe sa vie dans sa chambre et ne s'occupe pas de sa fille. Elle va bientôt devoir se prostituer pour payer le loyer. Bobby va tenter de venir en aide à Moonee... Critique : Moonee, turbulente mouflette de 6 ans, habite le Magic Castle Inn, dont les faux créneaux et l’improbable teinte évoquent un décor de dessin animé plutôt qu’un motel bon marché. Il subit manifestement l’influence du géant voisin, Disney World. Mais, malgré la compassion bourrue de son attachant manager (Willem ­Dafoe, formidable), le modeste établissement abrite moins de contes de fées que d’expédients et de fins de mois difficiles pour ses résidents à l’année. Aux abords d’Orlando, entre deux échangeurs et un héliport, Sean Baker (dont on avait aimé l’électrique Tangerine, tourné avec un iPhone) visite « l’autre » Floride, celle des victimes de la crise et de la violence économique. Cette communauté précaire, le cinéaste la peint sans noirceur. Au contraire. Il lui rend ce qui, dans le « Sunshine State », appartient encore à tout le monde : la ­lumière, les couleurs, le ciel. Chaque plan transforme l’ordinaire périurbain en vaste terrain de jeu. Celui de Moonee et de sa poignée de copains qui circulent dans les parages, livrés à eux-mêmes, insaisissables et vifs. Rares sont les films qui captent aussi bien l’énergie volatile, la spontanéité crue de l’enfance, la toute-puissance de son imaginaire. Cette fillette-là, interprétée avec une éblouissante effronterie par la jeune Brooklynn Prince, rappelle les meilleurs Peter Pan de terrain vague, les plus beaux garnements de cinéma, de L’Argent de poche, de Truffaut, au Kes de Ken Loach.