Suite armoricaine

LCP
06/08/20 ~ 15:30 - 17:52

Françoise a quitté Paris pour enseigner l'histoire de l'art à la fac de Rennes, où elle fut étudiante. A-t-elle rendez-vous avec son passé ? Autour d’un campus où se tissent les destins, cette fiction sensible sait être à la fois intimiste et ample, très habitée. - Critique : Elle a quitté Paris et elle jubile. Le bonheur de Françoise, qui s'installe à Rennes pour y enseigner l'histoire de l'art à la fac, est bien vite le nôtre : voilà un film français qui se décentralise, poussé par une curiosité nouvelle. Le campus de l'université, les amphithéâtres, ces décors deviennent, sous l'oeil de la réalisatrice Pascale Breton, le tremplin d'une fiction à la fois intimiste et d'une ampleur inaccoutumée... A Rennes, c'est avec ses souvenirs que Françoise a rendez-vous : sa jeunesse sur les bancs de la même fac, son enfance bretonne, tout un passé prêt à ressurgir, ou peut-être à jamais insaisissable... Le passé, l'étudiant Ion voudrait le fuir. Mais sa mère, qu'il a déclarée ­décédée, vient squatter sa chambre à la cité universitaire. Cette femme instable, zonarde infernale et pourtant aimante, était une amie de Françoise pendant leurs études, au temps des fêtes et des concerts de rock. En faisant se croiser et se recroiser ces personnages dans les mêmes lieux, filmés selon leurs différents points de vue, le scénario crée des résonances, des échos. Ce petit univers, replié autour du campus, se déploie. Une jeune fille aveugle, dont Ion tombe amoureux, perçoit une réalité plus vaste, par-delà les apparences. Dans ses cours, Françoise invite, elle aussi, à explorer des dimensions cachées : elle ouvre des perspectives dans un tableau de Nicolas Poussin, Les Bergers d'Arcadie, et fait voyager le regard au coeur du paysage peint par Patinir dans Charon traversant le Styx. La cinéaste accompagne avec ferveur ce mouvement d'avancée inscrit dans le titre. Elle accueille la fragilité des personnages, qui ont tous perdu et pas encore retrouvé leurs repères, pour mieux les entraîner vers un territoire à défricher, à déchiffrer, dont ils prennent peu à peu la belle mesure : leur vie. On pense aux romans de Philippe Le Guillou, qui a souvent raconté sa Bretagne comme le lieu d'un éveil au monde et à soi-même. On pense aussi au cinéma d'Arnaud Desplechin, pour l'art de jouer une partition clairement autobiographique avec raffinement et mystère. En créant un univers plein de confluences, Pascale Breton trouve sa voie et entraîne dans son sillage des comédiens magnifiques, Elina Löwensohn, Kaou Langoët, et surtout Valérie Dréville dans le rôle de Françoise, femme de tête qui trouvera où son coeur bat... — Frédéric Strauss
 
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