Soupçons (The Staircase)

Canal+
Une justice imparfaite
19/07/18 ~ 22:50 - 23:45

Un accord a finalement été négocié et Michael se rend à l'audience qui doit sceller la procédure. Il plaidera coupable pour homicide involontaire tout en affirmant son innocence : une ligne de défense connue sous le nom de «plaidoyer Alford». C'est l'occasion d'une ultime rebondissement, mais aussi d'un règlement de comptes. Ayant passé plus de temps en prison que toute peine potentielle, Michael Peterson est remis en liberté. Au bout de 15 ans, le volet judiciaire est enfin clos. Mais qu'en est-il de la recherche de la vérité ? Critique : C’est la fin. L’ultime épisode de l’affaire Peterson, saga judiciaire américaine qui s’est figée à des dizaines d’occasion, avant de rebondir à la faveur d’un énième coup de théâtre (faux témoignages, falsification de preuves, dissimulation d’éléments à décharge…). Décembre 2001 : Kathleen Peterson est trouvée baignant dans son sang au pied de l’escalier de sa maison, à Durham. 2003-2011 : condamné à perpétuité pour homicide volontaire, son mari, Michael, purge sa peine dans une prison de Caroline du Nord, avant de recouvrer la liberté. 2017 : le dénouement judiciaire et l’avenir d’un homme de 73 ans et de toute une famille doivent se sceller définitivement au tribunal du comté de Durham. Symboliquement, dans le huis clos d’un prétoire, la même scène semble se rejouer avec les mêmes acteurs (juge, avocats, enfants de l’accusé, sœurs de la victime…). Pourtant, à l’heure des bilans, tout a changé. Même si « tout le monde sait que les dés sont pipés » comme le chante Leonard Cohen — dont Peterson est grand fan —, certains protagonistes ont mûri, ouvrant, enfin, la place au doute. Michael est désormais prêt à se raconter face caméra : le 22 février 2017, il ­répond — avec quelques esquives — aux questions mordantes d’une journaliste d’Associated Press. Puis, le lendemain, le réalisateur Jean-Xavier de Lestrade s’engouffre plus avant dans « le jardin des secrets » de Michael Peterson. Couple, bisexualité, absence de Kathleen… : ce dernier se confie lors d’une scène essentielle. Avec ces séquences théâtrales, ces répliques qui nouent les tripes, et ces moments de vérité que seule une telle mise à nu peut engendrer, l’épilogue de cette série boucle le portrait entamé seize ans plus tôt. On reste aussi ébloui par le duo que forment l’avocat David Rudolf et ­Michael Peterson, comme si le premier avait saisi les mots que le second, pourtant écrivain, n’avait jamais su trouver pour ­affirmer son innocence face aux jurés. Au-delà du cas Michael Peterson, c’est bien des dysfonctionnements de la justice pénale américaine qu’il est question, et c’est aussi en cela que la série Soupçons captive et fascine.