Sorry We Missed You

Canal+
20:08 - 21:46

Après avoir fait mille boulots dans le bâtiment, Ricky Turner en a assez. Il veut devenir son propre patron. Pour parvenir à ses fins, il s’est mis à son propre compte comme chauffeur-livreur pour une plateforme de vente en ligne. Le chef du dépôt lui explique le job, les cadences à respecter, tout en vantant la liberté dont il va pouvoir bénéficier. Sauf que Ricky va vite déchanter. Le rythme de travail est infernal et les conditions de réumération lamentables. Abbie, sa femme qui a vendu sa voiture pour qu'il puisse acheter une camionnette, n'en peut plus. La famille se disloque, tandis que le fils aîné est en pleine crise d'adolescence... - Critique : Octogénaire, l’irréductible Ken Loach est toujours en lutte contre l’injustice, toujours du côté des travailleurs exploités. Cette fois, il affronte la logique redoutable dissimulée derrière l’ubérisation de la société. Après avoir fait mille boulots dans le bâtiment, Ri­cky, le père, s’est mis à son compte comme chauffeur-livreur pour une plateforme de vente en ligne. Le chef du dépôt lui explique les cadences à respecter, tout en vantant la prétendue liberté dont Ricky va bénéficier comme auto-entrepreneur. Un nouveau type d’emploi où il n’est pas embauché mais où il « embarque ». La destination de cet embarquement est, en fait, une forme d’esclavage moderne d’autant plus pervers qu’il est accepté : Ricky doit nourrir ses gosses et n’a pas le choix. Sa femme trime aussi, comme auxiliaire de vie. Ken Loach filme la discorde qui grandit au sein de la famille, tout en soulignant aussi une forme de tendre solidarité, dernier rempart humain. Un moment, le fils propose une virée, et tous partent ensemble la nuit, dans la nouvelle camionnette du père. Cette camionnette blanche, Loach en fait le symbole d’un capitalisme dévorant, indissociable du boîtier ultra perfectionné qui sert à scanner les codes-barres mais qui est aussi un moyen de surveillance permanente. Description détaillée d’un engrenage, Sorry We Missed You file à vive allure vers des sables mouvants. Sur les ravages du néolibéralisme, que résume le visage défiguré de Ricky, le film est poignant. Les interprètes impressionnent par leur justesse : Ken Loach reste un directeur d’acteurs hors pair, capable de dénicher des tempéraments et d’en tirer le meilleur.
 
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