Roubaix, une lumière

Canal+
06/08/20 ~ 07:15 - 09:11

Lucette, une vieille dame de 83 ans, meurt la nuit de Noël, dans un quartier morne de Roubaix. Les meurtriers sont repartis avec un butin dérisoire, une télé, quelques produits d’entretien et une boîte de nourriture pour chiens. Marie et Claude, deux voisines de la défunte, toxicos, alcoolos et amoureuses sont interrogées par Daoud, un flic au flair implacable, un homme doux et très humain, et Louis, une jeune recrue idéaliste. Pour les amener à reconnaître leur faute, Daoud va les interroger, sans jugement et en tentant de comprendre d’où vient toute cette souffrance et cette colère... - Critique : Une vieille dame a été assassinée. Les suspectes sont deux voisines, sans revenu, alcooliques et en couple. Ce fait divers, restitué naguère dans un documentaire, a impressionné Desplechin au point qu’il a délaissé les intellectuels en crise, ses héros coutumiers. Autour d’un commissaire inflexible mais bienveillant (Roschdy Zem), la parole reste toutefois la grande affaire. Il y a ce que les suspectes concèdent avant et après les premières preuves. Ce qu’elles avouent séparément, puis confrontées. Ce qu’elles révèlent l’une sur l’autre et sur leur relation… Dans la lumière crue des interrogatoires où les vies basculent, ces deux marginales auraient pu faire trébucher bien des actrices, avec un metteur en scène moins exigeant. Mais Léa Seydoux et Sara Forestier sont toutes deux intenses, dans l’opacité pour la première et dans l’abandon pour la seconde. Et par ce déferlement de mots, de versions successives d’une même réalité sordide, le polar dépasse son ancrage réaliste pour une dimension métaphysique, une compassion universelle. Les suspectes apparaissent peu à peu comme deux somnambules, avec toutes les excuses sociales du monde, effarées par la vérité. Au moment de l’incarcération, la demande éperdue d’un dernier regard par l’amoureuse à sa compagne, de loin, raconte toute une vie et ressemble à une prière. Non exaucée.