Roméo + Juliette

Arte
14/02/21 ~ 20:55 - 22:50

Avant Moulin Rouge !, Luhrmann avait passé Shakespeare à la moulinette du rap et du clip avec Tybalt en drag queen agonisant sur une plage californienne. A la fois fidèle, toc et séduisant. - Critique : C’est la même histoire, au mot près, que celle écrite par ce cher William, mais donc transposée et modernisée à Verona Beach, une Vérone américaine fantasmée dont les rues sont embrasées par la rivalité des deux gangs Montaigu et Capulet. Esthétique de clip, de pub, de pop ou de rap, ralentis et accélérés, zooms extrêmes, montagnes russes entre drame et grotesque, et B.O. (Radiohead, Des’ree, Garbage, Prince, The Cardigans…) que Shakespeare lui-même, parfaitement au fait de la culture musicale de son époque, n’aurait pas reniée : Baz Luhrmann brasse et empile toutes les formes audiovisuelles de son temps pour un résultat fracassant. Un chaos romantico-apocalyptique saturé de codes vestimentaires, tatouages et autres symboles d’appartenance, y compris les accents et la diction des différents protagonistes. Dans ce melting-pot social, l’impossibilité d’un amour ne repose plus seulement sur un simple nom de famille mais semble étendue à la couleur de peau, la religion ou le genre. Le tout jeune Leonardo semblait tombé du ciel pour incarner Roméo face à cet ange de Claire Danes. Mais c’est l’image de Mercutio déguisé en drag-queen qui frappe toujours, et plus encore aujourd’hui : en le faisant incarner par l’acteur noir Harold Perrineau (revu dans la série Lost), Baz Luhrmann initiait ce type d’anachronisme qui s’est imposé depuis, notamment dans Les Chroniques de Bridgerton. Quant au « + » dans le titre à la place du « et » d’origine, il signale bien une version brillamment augmentée.