Rhino dollars

Arte
16/10/18 ~ 20:50 - 22:25

Le 7 mars 2017, un rhinocéros est abattu au zoo de Thoiry. Ce fait divers touche l'Europe pour la première fois, alors qu'en Afrique, le massacre est journalier. La corne de rhinocéros, dont le commerce est interdit depuis quarante ans, atteint des prix astronomiques au marché noir. Les trafiquants visent le marché asiatique, où on lui prête des vertus anticancéreuses et aphrodisiaques. Pourtant, la corne est composée, comme les ongles, en majorité de kératine. L'épicentre de ce carnage se situe en Afrique du Sud où vit la majeure partie de l'espèce, soit 20 000 rhinocéros. Au rythme de mille animaux tués chaque année, l'espèce aura disparu d'ici une vingtaine d'années. Critique : « Tous ces trucs sur les animaux, c’est pour les Blancs qui sont riches », lance un braconnier qui a abattu sept rhinocéros dans le parc Kruger (Afrique du Sud), et perçu pour chacun 5 000 euros. « Je fais ça pour avoir une belle voiture, de beaux vêtements, et quand il n’y a plus d’argent, on y retourne… » Cet aveu illustre le malentendu qui rend impossible tout armistice. D’un côté, des popu­lations paupérisées attirées par l’argent ­facile. De l’autre, des défenseurs de la ­nature inquiets de l’extinction d’une espèce. Au milieu, des milices armées jusqu’aux dents, des gardes-forestiers plus ou moins véreux, des ONG qui pistent les trafiquants sur le Net… Et surtout, en bout de chaîne, en Chine ou au Vietnam, des clients for­tunés qui voient dans cette poudre de per­limpinpin un remède contre le cancer… ou la gueule de bois. Construit comme un thriller, le doc démonte les rouages de ce business mondial en le filmant au plus près. Opérations commando, saisies de gibier mutilé, entretiens en caméra cachée avec des caïds…, il joue la carte de l’immersion, façon « journalisme embarqué », mais sans jamais sombrer dans le manichéisme ou le pathos. Car au pays du rhino dollar, personne n’est tout à fait blanc ou noir, et chacun a ses raisons d’agir. Une dimension critique qui fait de ce film davantage un documentaire social sur les dérives du monde moderne qu’un simple sujet animalier.