Religieuses abusées, l'autre scandale de l'Eglise

Arte
03/04/19 ~ 00:45 - 02:25

Partout dans le monde, des religieuses subissent des viols commis par des ecclésiastiques abusant de leur autorité. Souvent, lorsqu'elles tombent enceintes, elles sont exclues de leur congrégation ou contraintes d'avorter. Quand ces crimes sont dénoncés et avérés, les coupables sont seulement mutés par la justice cléricale. Pourtant, dans les années 1990, deux missionnaires américaines avaient transmis un rapport sur ces abus sexuels au Vatican après plusieurs années d'enquête. En 2001, le journal américain The National Catholic Reporter avait relayé les conclusions de plusieurs rapports alarmants sur le sujet. Des parlementaires européens avaient alors fait adopter une résolution sommant le Saint-Siège de réagir. Depuis, malgré des dénonciations répétées au sein de l'institution, trois papes se sont succédé, sans jamais remédier à ces violences sexuelles. Critique : Le débit mécanique se lézarde soudain, le regard fixe semble chavirer. « Il pratiquait le cunnilingus, moi des fellations. Ce n’était pas très ragoûtant, il était âgé et ne sentait pas très bon. Mais je prenais ça comme un exercice de pénitence. J’étais tel l’oiseau hypnotisé par la vipère, incapable de s’envoler. » Vingt-cinq ans durant, Michèle-France a été abusée par deux prêtres au sein des communautés religieuses auxquelles elle a appartenu. Un cas isolé, le crime de deux déviants incontrôlés ? Nullement. Depuis des décennies, sur tous les continents, des hommes d’Eglise violent des sœurs impunément. Protégés par leur sacerdoce, l’omerta complice du Saint-Siège. Impressionnante et rigoureuse, l’enquête, longue de deux ans, multiplie témoignages et révélations sordides. Détaillant les mécanismes d’emprise — l’obéissance aux intermédiaires de Dieu, la sacralisation de la parole de l’homme, le statut d’infériorité des femmes dans l’Eglise —, le film donne à voir les pare-feu imaginés par l’institution pour éviter le scandale : décrédibilisation de la parole des nonnes, achat de leur silence, exfiltration temporaire des « pécheurs », enfouissement des rapports, exclusion de la communauté… Un fonctionnement systémique qui ne laisse rien au hasard, allant jusqu’à imposer l’avortement aux religieuses enceintes. Oubliées alors les condamnations violentes de ce « crime abominable perpétré par des tueurs à gages » martelées à chaque bout d’homélie… l’Eglise est prête à tout. Nul doute que, dans la foulée des révélations sur les prêtres pédophiles, la mise au jour, sur la place publique, de ce nouveau scandale risque de faire un peu de bruit. L’Eglise en profitera-t-elle pour prendre enfin la mesure de la souffrance des victimes et se réformer ?????
 
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