Petits arrangements avec la vie

Arte
11/09/18 ~ 23:30 - 00:50

Christophe Otzenberger est aux prises avec ce qu'il sait être son dernier film. Le cancer du poumon dont il est atteint ne lui permet aucun optimisme ; ainsi filme-t-il, pour rester cinéaste jusqu'à son dernier souffle. Dans l'hôpital du littoral breton où il est traité, des femmes et des hommes de tous âges, eux aussi concernés par une maladie chronique ou une échéance qu'ils savent proche, se débrouillent comme ils peuvent avec la vie qui se dérobe. Leur dialogue et leurs arrangements incessants avec ces jours qui restent est une preuve éclatante de la flamme qui les anime, jusqu'au bout. Avec l'aide de sa complice Stéphane Mercurio, qui l'a filmé tout au long de son tournage, Christophe Otzenberger dialogue avec ses semblables et documente le quotidien des sursitaires, entre petits arrangements et questions insolubles. Critique : « Est-ce qu’il va y avoir du monde ? », s’interroge Christophe Otzenberger à propos de ses propres obsèques, sur les images de son cercueil filmé en juin 2017 au Père-Lachaise, où ses amis étaient nombreux pour lui dire au revoir et chanter L’Internationale avant sa crémation. Ainsi commence – gaillardement – ce film qui parle de maladie, de mort, mais aussi de vie et de cette passion du cinéma qui toujours l’anima et qu’il continua de pratiquer durant la progression de son cancer. Ce clin d’œil d’ouverture est à l’image de Petits Arrangements avec la vie, dans lequel « Otzen » est trop présent pour qu’on puisse l’imaginer mort. Le documentaire le voit échanger sans faux-fuyants avec des malades du centre de Perharidy, à Roscoff. Il témoigne de cette fringale de rencontres qui toujours le guida et à laquelle on doit des œuvres aussi différentes que La Conquête de Clichy (1995) ou Toute ma vie j’ai rêvé (2015), mais qui ont en commun la même curiosité d’autrui. « J’ai jamais vu quelqu’un m’écouter autant », lâche d’ailleurs la jeune Paula au documentariste, qui la dévore des yeux et des oreilles comme un enfant recevant d’un aîné une leçon de sagesse. « Faire des films, c’est regar­der avec ton œil, ton cerveau, ton cœur – ton cœur beaucoup –, et penser que les autres vont être touchés », confie-t-il dans la séquence suivante à son amie Stéphane Mercurio. Elle l’a accompagné avec autant de cœur que de métier, et offre à ses Petits Arrangements les contrechamps adéquats pour composer ce qui est à la fois un voyage bouleversant, un portrait lumineux et un art poétique.