Paul Auster

Arte
Le jeu du hasard
13/02/19 ~ 22:35 - 23:30

«Que serait devenue notre existence si ?» C'est la question que se pose Paul Auster dans sa dernière oeuvre, «4 3 2 1». Au fil des pages de ce roman monumental, il raconte l'histoire d'Archibald Isaac Ferguson, jeune homme d'origine juive né en 1947, dont la famille vit dans le New Jersey. L'occasion pour l'écrivain américain d'inaugurer un dispositif narratif inédit en déclinant quatre scénarios possibles pour son personnage. Ponctué d'interventions de son épouse Siri Hustvedt, sa principale critique depuis trente ans, de Wim Wenders ou de l'artiste Sam Messer, ce documentaire explore l'aspect politique de l'oeuvre de Paul Auster. Fervent opposant à Donald Trump, l'écrivain se livre face à la caméra pour créer un dialogue entre sa propre existence et celle de son personnage, Archie. Critique : Dans une séquence presque saugrenue, filmée à la va-vite à l’arrière d’une voiture, le cinéaste Wim Wenders compare Paul Auster à l’acteur Gregory Peck. Libre association qui laisse sur sa faim, mais qui souligne avec justesse combien Paul Auster a toujours joué de son physique charismatique et de sa voix suave pour prolonger, dans ses apparitions médiatiques, la magie de ses romans. Ce documentaire offre un espace intéressant à son numéro de charme, où les pirouettes se raréfient pour laisser place à la sagesse hypnotique. A l’image de son dernier livre, 4321, magistral et choral, où le même personnage de Ferguson déroule ses vies multiples, mourant à une page pour renaître à l’autre, le film explore mille pistes pour comprendre de quel bois Paul Auster est fait. Tantôt chêne, tantôt roseau, l’écrivain se souvient d’avoir découvert la puissance de connexion des mots avec son environnement lorsqu’il écrivit un poème mièvre mais puissant sur le printemps qui éclaira ses 9 ans. Un secret de famille courait dans ses veines, tu par son père, dont il respecte infiniment le silence. La force de sa confession vient de ce que quarante années d’écriture se sont nourries de cette sève généalogique, source d’inspiration inépuisable, comme l’histoire de son Amérique, qu’il regarde avec « le sentiment terrifiant que rien n’a changé » depuis les années 60. Siri Hustvedt, auteure inspirée de son côté, femme libre à ses côtés, occupe à l’image une place de choix, à la hauteur de celle que Paul Auster lui réserve dans sa vie. Des archives et des reconstitutions pigmentent l’image, achevant de donner un émouvant mouvement respiratoire à cette déambulation tranquille dans une œuvre captivante.