Paterson

Arte
25/05/20 ~ 22:10 - 00:05

Jim Jarmusch raconte une semaine (presque) comme les autres dans la vie d'un conducteur de bus poète. Dans ce magnifique film-haïku, le quotidien le plus banal fait naître une poésie des plus émouvantes. D'une simplicité et d'une puissance formidables. - Critique : Paterson, grand échalas à la voix grave, est chauffeur de bus dans une petite ville du New Jersey. Sourire aux lèvres, il aime capter au vol les bribes de conversation de ses passagers. Peut-être s’en sert-il. Car Paterson est aussi poète. Il prend des notes dans un carnet. Des vers libres, qui chantent les petits riens du quotidien, des choses ordinaires comme ces boîtes d’allumettes désuètes qui traînent sur le bar de sa cuisine. Ces traces écrites pourraient faire l’objet d’un livre. Mais Paterson n’y pense pas vraiment. Au grand dam de son épouse, admiratrice de la première heure. Toquée de travaux domestiques et de cuisine, elle passe son temps à redécorer leur petite demeure en variant à peine les motifs. Lui est placide, elle s’enthousiasme au quart de tour. De ce couple dissemblable mais complémentaire, Jarmusch tire une fable conjugale d’autant plus cocasse qu’un troisième zigue — un bouledogue — habite le foyer avec eux. Loin de son image rock, Jim Jarmusch loue ce quotidien qui pourrait paraître ennuyeux. Il le fait avec une suprême élégance. La beauté se niche dans ce qui se ressemble, se différencie, s’assemble… C’est une question de rythme, de douce répétition des jours, avec des variations, quelques incidents aussi, vite relativisés. C’est que Paterson n’est pas homme à se laisser démonter. Ce scribe sans portable et sans œuvre avance, confiant dans la vie. Comme lui, le film ne prône ni méthode ni discipline pour trouver le bonheur. Le réalisateur vante seulement un certain art de vivre et de voir.
 
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