Paris-Brest

Arte
29/03/20 ~ 08:20 - 09:40

Colin rêve de fuir Brest et sa famille pour devenir écrivain à Paris. Mais Manou, sa grand-mère dont il est proche, cherche à le retenir. Devenue riche sur le tard, la vieille dame ne cache pas son hostilité envers sa fille et son gendre, tous deux obsédés par l'argent et la réussite sociale... - Critique : Ç’aurait pu s’appeler « Retour à Brest », en hommage au récit du sociologue Didier Eribon qui racontait, dans Retour à Reims, l’inconfort de sa condition de transfuge de classe et ses retrouvailles avec les siens. Mais, même feutrée, il y a davantage de violence dans le roman de Tanguy Viel, comme dans la version quasi chabrolienne qu’en donne ici le cinéaste Philippe Lioret. Au cœur de tout, il y a l’argent : celui dont a hérité la grand-mère, celui qui brûle les doigts du père, celui qui transforme tout le monde en voleur dans les yeux de la mère. Outre l’aïeule (Catherine Arditi), seule lueur de tendresse dans cet essaim venimeux, il n’y a guère que le fils (Anthony Bajon crève l’écran de bout en bout) qui semble s’en ficher — c’est qu’il a capitalisé sur un autre filon : la haine de la ­famille et ses promesses de gloire littéraire. Mais peut-être la fiction sert-elle à dissimuler une réalité moins reluisante ? Procédant par allers-retours chronologiques (trois ans séparent le départ du fils de son éphémère parenthèse brestoise), Philippe Lioret filme la gangrène de la cupidité et jette, plus qu’un éclairage sur la crainte du déclassement, une lumière sur la peur des mots. Du casting aux dialogues, impeccables, c’est une franche réussite. 1 Paris-Brest, éd. de Minuit, 2009. Rediffusion : 29/3 à 9.20.