Palerme, la culture contre la Mafia

Arte
05/12/18 ~ 22:45 - 23:40

Pendant des décennies, la beauté de Palerme a été occultée par la Mafia, la résignation et la pauvreté. Aujourd'hui, la cité sicilienne mise sur la culture et l'innovation pour se défaire de lourd passé. Comment cette ancienne otage du crime organisé, dont les splendeurs ont survécu à des décennies d'abandon, est-elle parvenue à se métamorphoser en un creuset d'idées innovantes, lieu d'expérimentation et de réflexion ? Son maire, Leoluca Orlando, qui s'affiche comme l'un des plus farouches opposants à la politique antimigrants du nouveau gouvernement italien, a été l'un des premiers à proposer d'accueillir l'Aquarius en juin 2018. Avec d'autres, il guide les caméras à la découverte de sa ville foisonnante, où les initiatives se multiplient, à contre-courant de la politique du ministre de l'Intérieur Matteo Salvini. Critique : Evidemment, quand on dit Palerme, on pense Mafia. Pourtant les choses changent, même si ce documentaire n’en donne pas beaucoup de preuves. Il revient sur les ­années noires, celles où « la peste » tenait la ville (et l’île…). Après les bombardements massifs de la Seconde Guerre mon­diale, Palerme est à moitié détruite, les palais historiques éventrés. Au lieu de les restaurer, on décide d’un plan d’aménagement de la banlieue, des barres d’immeubles sont construites. Et la Mafia supervise les travaux. Faisant régner, dans ces nouveaux quartiers déshumanisés, un climat de terreur. Les photographies de la reporter Letizia Battaglia sont impressionnantes, faisant le constat d’une vraie guerre civile dans les années 1970, avant le « maxi-procès » de centaines de mafieux (1986). Le documentaire peine à démontrer comment la culture arrive à faire reculer la Mafia. Quelques thèses sont séduisantes : le centre abandonné a été peu à peu repeuplé par des immigrés, renouant avec la tradition multiculturelle historique de Palerme. La culture s’y exprime de façon syncrétique, nous dit-on. Tou­tes les religions semblent aussi cohabiter en paix. Vraiment ? Le point ne sera pas ­débattu. Le salut, depuis les années 1990, vient aussi des étrangers fortunés qui, charmés, rénovent les hôtels particuliers. Deux minutes avant la fin, la question se pose toujours : et la Mafia aujourd’hui ? « Elle ne gouverne plus à Palerme, mais elle est là. » Rien n’est dit des contrats qu’elle passe avec les gangs étrangers qui se sont installés ni de son emprise éventuelle sur les nouveaux marchés de restauration. On attend une suite…