Nuits blanches à Seattle

France 3
01/01/19 ~ 13:50 - 15:40

Sam, veuf à Seattle, et Annie, célibataire à Baltimore, se rencontrent grâce au fils de Sam... Ce conte de Noël se réfère à Elle et lui, de McCarey, mais n'est, lui, qu'un petit truc onctueux et sans originalité. Critique : Ah ! Rencontrer enfin celui à qui l'on était destinée depuis toujours sans le savoir ! Les petites filles qui chantaient « Un jour, mon prince viendra » seront comblées. Nuits blanches... est un conte pour adultes, façon Disney. Car les personnages, pour mieux nous faire rêver, n'existent pas vraiment. Ils n'ont pas de soucis matériels ­ seulement de petites contrariétés. Ils n'ont pas de maladies ­ seulement des allergies. Le malheur ouvre le film (un homme perd son épouse), mais c'est pour mieux embrayer sur la possibilité d'une nouvelle histoire d'amour, aussi forte que la première. Le malheur, il est loin (perdu dans les souvenirs), impalpable (sur les ondes d'une émission de radio qui vous confesse, dans un temps limité, interrompue par les publicités). On ne le voit pas. D'ailleurs, il n'a rien à faire ici ! Rien de grave ne peut arriver dans ce meilleur des mondes. Tout est rassurant. Tout est reposant. Le film frémit de nostalgie, car l'ambiance de Nuits blanches... c'est les années 40 et 50. Les décors s'affichent avec l'arrogance d'une comédie MGM, le climat musical est celui des standards romantiques américains de l'époque (As time goes by ­ la chanson de Casablanca), et le film de référence (cité, commenté, utilisé par la réalisatrice), c'est Elle et Lui, de Leo MacCarey, version 1957, avec Cary Grant et Deborah Kerr. Pourtant Nuits blanches... est bien un film des années 90, les années du sida et du retour à la morale. Dans Elle et Lui, le couple adultère, avant de s'aimer, passait quand même la moitié du film à se séduire et à se courtiser. Ici, Tom Hanks et Meg Ryan (oui, la Sally de Quand Harry rencontre Sally, dont Nora Ephron a écrit le scénario) font mieux. Ils tombent dans les bras l'un de l'autre... simplement « parce qu'ils sont faits l'un pour l'autre » ! Pour s'approcher de l'homme de ses rêves, l'héroïne utilise ordinateurs, téléphone et les services lointains d'un détective privé. Fait-elle le voyage d'un bout des Etats-Unis à l'autre, pour le rencontrer enfin, elle restera au loin, sans le toucher, ni lui adresser la parole. L'amour à distance, quelle sécurité ! Ces conventions acceptées, on trouvera au film bien du charme. On oubliera son rythme un peu mou et on dira qu'il est souvent drôle. Et si tendre... si romantique... Philippe Piazzo