Nouvelle-Calédonie : Histoire d'une décolonisation

France O
21/11/18 ~ 09:50 - 10:45

Les habitants de la Nouvelle-Calédonie n'ont, pour la plupart, pas choisi de vivre ensemble. C'est la France du XIXe siècle qui l'a décidé pour eux. Depuis, ils essayent tant bien que mal de partager un destin dont les contours restent flous. Comment se sont tissés les liens qui unissent aujourd'hui les différentes ethnies de la mosaïque calédonienne ? Quel est le creuset de leurs différences ? Enquête. Critique : « Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ? ». Telle est la question posée ce jour aux électeurs calédoniens dans le cadre du scrutin d’autodétermination. Un processus de décolonisation amorcé il y a trente ans avec la signature des accords de Matignon qui scellaient le retour à la paix civile dans l’archipel. Spoliation des terres, régime d’indigénat… il faut attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale pour voir les Kanaks, peuple présent sur ce territoire depuis près de trois mille ans, accéder à la citoyenneté française. Dès lors se structurent leurs revendications : reconnaissance de leur identité bafouée mais aussi partage du pouvoir avec les Caldoches, nécessaire rattrapage de leur retard économique et social. Déroulant chronologiquement l’histoire de cette émancipation, le film s’arrête sur ses étapes décisives : création de l’Union calédonienne en 1953, émergence d’une nouvelle génération militante porteuse d’une ligne d’indépendance, fondation, en 1984 du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), avivement des tensions entre les deux communautés, événements sanglants de Tiendanite et d’Ouvéa, accords de Matignon (1988) et de Nouméa (1998)… Mais, au-delà, le documentaire interroge les mutations du pays consécutives à la nouvelle répartition des pouvoirs politique et économique. « Paradoxalement, le rééquilibrage s’est avéré problématique, constate Pascal Naouna, ancien dirigeant de l’UC. L’accès à des moyens financiers désorganise la tribu. Il faut qu’on maîtrise cette évolution. » Alternant archives et bilans de quelques acteurs de la période, le film esquisse des pistes pour l’avenir, pointant les fragilités, les espoirs. Dommage que le format de 52 mn impose parfois le survol des enjeux et ne fasse guère la part belle au regard singulier et piquant du formidable réalisateur de Françafrique et de La Grande Evasion fiscale.
 
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