Milou en mai

France 5
15/02/21 ~ 20:50 - 22:35

Mai 1968, dans le Gers. Une famille se réunit autour d'une propriété en héritage. De la belle ouvrage, avec dialogues ciselés et comédiens virtuoses, mais sans l'intensité tragique de La Cerisaie ou de La Règle du jeu, qui hantent le film. - Critique : Mai 68, dans le Sud-Ouest : Mme Vieuzac vient de mourir. Elle vivait avec son fils Milou, la soixantaine, qui prévient le reste de la famille. Celle-ci arrive en ordre dispersé, tandis que le vent révolutionnaire du Mai 68 parisien propage ses effluves jusqu’à la province… C’est une galerie de portraits hauts en couleur, une petite troupe d’égoïstes et d’hypocrites qu’un grand rêve libertaire jette les uns dans les bras des autres, jusqu’au morne réveil. L’orgie promise par la « libération sexuelle » n’aura pas eu lieu, mais certains, le temps d’une grande peur, auront entrevu la vacuité de leur existence. La qualité d’écriture du scénario de Malle et de Carrière fait merveille, offrant aux ­acteurs des rôles sur mesure, finement dialogués : les femmes, notamment, Miou-Miou et Dominique Blanc, sont formidables. Et le film opère comme une métaphore grandeur nature de la France de Mai 68, cette révolte qui a tout changé sans rien changer… Dommage que Malle ait tant appuyé le personnage « poétique » joué par Piccoli et qu’il ait aussi souvent cherché l’effet ­comique. Sa mécanique narrative est plaisante, mais n’atteint jamais le niveau tragique d’une Cerisaie (évoquée explicitement) ni la puissance satirique de La Règle du jeu, de Jean Renoir, dont le spectre hante tout le film.