Mères sous X, mères de l'ombre

France 5
02/10/18 ~ 03:40 - 04:50

Aujourd'hui, 400 à 600 femmes accouchent chaque année sous X. On les appelle les mères d'origine, les mères de naissance ou encore les mères biologiques. La France est, avec le Luxembourg, le seul pays à permettre aux femmes d'accoucher anonymement et à leur garantir ce statut à vie. Incomprises, souvent jugées, parfois méprisées, les femmes qui font ce choix sont encore considérées comme de mauvaises mères. Des années après, certaines recherchent leur enfant, tandis que d'autres y ont renoncé ou ne souhaitent pas connaître leur progéniture. Pour la première fois, plusieurs d'entre elles s'expriment à visage découvert. Critique : Agées de 38 à 75 ans, Eliane, Emmanuelle, Janine, Alice et Danielle ont donné la vie à un enfant avant de s’en séparer. Autorisé dans de rares pays occidentaux et encadré, en France, par plusieurs lois (dont celle de 2002, qui facilite l’accès de personnes majeures à leurs origines), l’accouchement sous X permet à la jeune mère d’attribuer un prénom à son bébé, tout en masquant son identité lors de la délivrance du certificat de naissance. Elevées dans des familles « strictes », marquées par « le manque d’amour, d’écoute, d’échanges et de parole », les cinq femmes, aujourd’hui prof de sport, retraitées ou mère au foyer, témoignent de cette « décision » qui a bouleversé leur vie. Le choix, libérateur, de passer de l’ombre à la lumière d’un écran n’est pas anodin pour ces mères biologiques, qui ont « longtemps préféré se taire pour garder le secret d’une histoire qui ne se raconte pas ». Qu’elles qualifient leur geste d’« abandon » ou de « don », qu’elles aient « laissé » ou « confié » leur enfant, leur geste demeure un tabou ­absolu, même des années plus tard. Coréalisé par la journaliste Nathalie Perrier, qui a déjà signé une enquête sur le sujet en 2008, le film de Nicolas Bourgoin est un incroyable portrait de femmes dignes et fortes, qui ne cessent d’interroger leur passé, leur entourage. Passant du déni à l’espoir, de la culpabilité au trop-plein d’amour, les récits face caméra, intimes, profonds, alternent avec des séquences tournées en famille, lorsque des retrouvailles ont pu avoir lieu.   Suivi d’un débat animé par Marina Carrère d’Encausse.