Mathieu Riboulet, écrivain

France 3
18/08/18 ~ 03:20 - 04:20

Auteur d'une quinzaine de livres, dont «L'Amant des morts» et «Les Oeuvres de miséricorde», Mathieu Riboulet, décédé en 2018, recevait Sylvie Blum dans sa maison de la Creuse fin octobre 2017. Avec la documentariste, l'écrivain revenait sur les thèmes récurrents autour desquels sont construits ses récits en réagissant à partir de tableaux, d'extraits de films et d'entretiens avec des écrivains et de cinéastes. Critique : Prématurément disparu en février dernier, Mathieu Riboulet était un immense écrivain, secret et souriant, élevant et exigeant. Qu’une chaîne de télévision juge opportun de lui consacrer un documentaire, voilà qui met déjà en joie. Que le résultat soit aussi admirable, tout en écoute et en lumière, au plus près de son écriture mystérieuse et de son engagement intégral, voilà qui parachève l’enchantement. Comme dans son film précédent, splendide, sur l’auteur Pierre Bergounioux, la réalisatrice a l’art de coller à la parole de l’écrivain, de scruter les images qui nourrissent les mots et de les révéler à l’écran avec une prodigieuse simplicité. Commentant un tableau de Caravage, qu’il aimait tant, Mathieu Riboulet dit que la seule attitude à avoir devant un tel artiste est la description pure. Sylvie Blum suit le conseil et regarde le visage de l’écrivain, quelque temps avant sa mort, comme un tableau religieux italien. Presque christique, avec ses yeux intenses, ses mains noueuses, son visage émacié, son sourire en pointe, et surtout ce verbe clair, humble et évident, Mathieu Riboulet déroule sa pensée devant des images d’archives fascinantes. Pier Paolo Pasolini et Elfriede Jelinek ouvrent en lui des abîmes devant lesquelles jamais il ne se dérobe, prêt à livrer ses quêtes les plus intimes sur l’écriture, l’homosexualité, la famille. Face aux tourments de l’existence, l’écrivain confesse ne pas connaître d’autre solution que la « joie intérieure ». Ce documentaire en redistribue chaque rayon avec une ferveur respectueuse.