Marija

Arte
11/10/18 ~ 23:40 - 01:15

Femme de ménage dans un hôtel de Dortmund pour un salaire de misère, Marija, jeune immigrée ukrainienne, met chaque mois un peu d'argent de côté pour ouvrir son salon de coiffure. Mais du jour au lendemain, elle se retrouve sans ressources : surprise en flagrant délit de vol, elle est licenciée sans préavis. Elle accepte de travailler comme traductrice pour le propriétaire de son appartement et rencontre ainsi Georg, un ex-taulard à la tête d'une entreprise de construction. Grâce à sa connaissance du russe, elle débusque une escroquerie fomentée par un des collaborateurs de Georg : celui-ci propose de l'embaucher et noue une liaison avec elle. Mais alors que le projet de salon de coiffure de Marija reprend forme, un contrôle de police sur le chantier de Georg menace tout... Critique : Une jeune femme filmée par une caméra qui ne la quitte pas : on entre dans ce film allemand comme si on était chez les frères Dardenne. Marija a bien quelque chose d’une Rosetta : d’origine ukrainienne, elle doit se battre pour trouver du travail, à Dortmund. Si rien ne surprend donc vraiment, on s’attache très vite à cette héroïne qui refuse d’être une victime sociale et fait tout pour s’en sortir, y compris ­voler, y compris accorder des faveurs sexuelles à son logeur, pour garder un toit et mettre un peu d’argent de côté… Aucun angélisme dans ce regard sur une société où tout se monnaie et où il faut choisir sa place, arnaqueur ou arnaqué. Les compromissions de Marija font d’elle un personnage tout en tension : en refusant d’être la perdante, elle prend le risque de devenir celle que les autres détestent. Toujours sur cette corde raide, le film est très réussi, même si le scénario abuse des ellipses dans la dernière partie, ce qui rend un peu artificiel le rêve poursuivi par Marija : ouvrir un salon de coiffure, mener sa barque elle-même. De bout en bout, l’interprétation de Margarita Breitkreiz est exceptionnelle : saluée au festival d’Angers par un Prix d’interprétation, cette actrice allemande d’origine russe devient le visage du courage, jusqu’au danger de ne plus pouvoir quitter l’armure de la battante…