Marceline, une femme, un siècle

France 3
22/10/18 ~ 23:05 - 00:07

Cordelia Dvorak filme sa rencontre avec la réalisatrice, scénariste, actrice et témoin du XXe siècle Marceline Loridan-Ivens, décédée le 18 septembre 2018 à l'âge de 90 ans. Ensemble elles font le bilan de la vie mouvementée de cette chroniqueuse radicale et réalisatrice engagée, résistante, déportée et survivante d'Auschwitz, compagne durant de longues années du cinéaste néerlandais Joris Ivens, pionnier du cinéma militant. C'est le récit intime d'une «vieille dame in-tranquille» qui a traversé le siècle, l'a beaucoup documenté, s'est trompée parfois mais n'a jamais renoncé à la volonté de vivre. Critique : Elle a subi l’horreur des camps, traversé le xxe siècle, épousé ses utopies — parfois illusoires. Réalisatrice, écrivaine, actrice, Marceline Loridan-Ivens, morte le 18 septembre dernier, aura mené son existence tambour battant. « Il ne faut avoir peur de rien. Si t’as peur, t’es foutue. » La réalisatrice l’a filmée la dernière année de sa vie dans son intimité. Impressionniste, fragmenté, ce joli film capture des moments quo­tidiens — séance de dédicace, discussions chez le coiffeur, dialogues complices chez elle avec des proches, évocation de souvenirs… Cette mosaïque dessine le portrait touchant, solaire, d’une frondeuse pleine de panache. « Je suis très libre, je suis une personne sans principes. C’est tout ce que j’ai appris dans mon université de Birkenau. » Se superposent l’image de l’ancienne dépor­tée, qui a exorcisé Auschwitz dans deux ouvrages. Et celle la jeune femme curieuse, qui allait aux terrasses des cafés pour glaner des conseils de lecture et des aventures d’un soir. Porteuse de valises pour le FLN, documentariste engagée, Marceline Loridan a sillonné le monde avec son compagnon, Joris Ivens, filmant le Vietnam ou la Chine de Mao. Elle s’est parfois trompée de combat, mais a tracé une trajectoire unique. « A un moment, c’est comme si, toute ma vie, j’avais tiré des wagonnets et posé des rails. Comme si j’avais tout vécu en rupture, les camps, le retour, l’amour, nos rêves. Et soudain tous les wagons se rac­crochent les uns aux autres. C’est comme un chemin. »
 
Chargement...
Chargement...