Maradona par Kusturica

LCP
03/01/21 ~ 17:30 - 19:00

Diego Armando Maradona est un champion à part, un artiste de la balle. «El Pibe de Oro», le gamin en or, avait deux rêves : jouer une Coupe du monde et la gagner. Emir Kusturica revient sur son irrésistible ascension, de Boca Juniors à Naples en passant par Barcelone, sans oublier ses exploits en équipe nationale. Si, en 1986, le sportif réalise ses rêves lorsqu'il offre à l'Argentine la Coupe du monde, son histoire ne s'arrête pas là. Kusturica éclaire plusieurs visages de Maradona : le footballeur dominateur, le citoyen engagé politiquement, et l'homme tourmenté, mis à genoux par des problèmes de drogue... - Critique : La première image du film, c’est celle de Kusturica sur scène. On savait Emir boute-en-train mais pas m’as-tu-vu à ce point. Dans ce film de fan un brin mégalo, réalisé en 2008, Kusturica se montre presque autant que le dieu vivant du foot, qu’il célèbre et tente vainement de sonder. L’auteur d’Underground intègre plusieurs extraits de ses propres films (Papa est en voyage d’affaires ; Chat noir, chat blanc, etc.) et fait des rapprochements oiseux avec le destin du joueur. Gonflé, l’Emir… À part ça, on voit quand même l’Argentin au pied gauche magique, mais la rencontre entre les deux géants autoproclamés n’est guère fertile et ressemble plus à un médiocre reportage télé qu’à un portrait nuancé ou à une enquête solide. Alternance de buts en rafale sur le God Save the Queen punk des Sex Pistols, d’archives (peu sont vraiment rares) et de quelques moments privés passés aux côtés d’« el Pibe de oro », cette hagiographie aligne les archétypes sur l’ascension fulgurante, la grandeur et le déclin de ce champion d’exception devenu un Falstaff toxico et ventripotent. Sur sa technique et sa vision phénoménale du jeu, nada. Emir insiste surtout sur l’aspect politique et humaniste : Maradona contre Bush, Maradona pour Castro, Maradona défenseur des pauvres et des opprimés, etc. Maradona a certes son franc-parler, mais de là à en faire une icône révolutionnaire… On préfère quand le joueur avoue ses échecs. Il se montre drôle lorsqu’il dit : « Ah… tout ce que j’aurais pu faire si je n’avais pas pris de cocaïne ! Dans le fond, on est passé à côté d’un grand joueur de foot. » Suivi d’un débat.