Ludwig van Beethoven, ultimes sonates par Alexandre Tharaud

Arte
05/11/18 ~ 05:00 - 05:45

Dans l'atmosphère ténébreuse et romantique de deux châteaux à l'abandon, le pianiste Alexandre Tharaud invite à un délicat voyage intérieur, guidé par l'image et la musique. Critique : C’est dans un corps en ruine que Beethoven, en 1821 et 1822, compose ses dernières sonates. Et c’est dans des châteaux en ruine qu’Alexandre Tharaud a choisi de les interpréter. Fuites d’eau, gravats, murs lépreux… tout renvoie à la déchéance où est plongé le compositeur. Outre sa surdité il souffre d’une jaunisse qui le « dégoûte », prémices de la cirrhose qui l’emportera peu après. Il s’adonne aussi à l’alcool, fréquente les tavernes de Vienne… Ce qui ne l’empêche pas de produire ces magnifiques sonates nºs 31 et 32 (op. 110 et 111), œuvres aux accents testamentaires, empreintes à la fois de lyrisme profond et de rigueur formelle impeccable, comme un écho à son combat contre la maladie. Dans la 32, structurée en deux mouvements seulement, il déploie un discours noir, chargé de folie démoniaque, qui s’élève vers la fin en une extase céleste. Et surtout bizarrement visionnaire : on y entend des rythmes swing ! Chose qui sied à merveille au geste de Tharaud, qui, à l’occasion, ne rechigne pas à taper le blues ou le ragtime… Dommage que par endroits, heureusement très rares, la captation laisse une impression de playback, comme si le son ne collait pas à l’image. L’art du grand Ludwig ne souffre pas la feinte.