L'insulte

Canal+
23/01/19 ~ 02:20 - 04:10

Supporteur inconditionnel du parti chrétien, Toni ne cache pas sa haine envers les Palestiniens. Garagiste à Beyrouth, il vit dans un quartier en pleine réhabilitation. Trempé par les eaux usées qui se déversent de son balcon, Yasser, le contremaître supervisant les travaux d'un immeuble voisin, lui propose de placer une corniche. Un geste qui vexe Toni. Il rejette avec dédain la proposition de Yasser. Celui-ci l’insulte alors et décide tout de même de placer une corniche. Toni la détruit avant de se plaindre auprès du contremaître général. Il exige réparation : Yasser, le Palestinien, doit lui faire des excuses. Le ton monte, ce qui finit par les conduire au tribunal... Critique : Il suffit d’un rien pour que tout explose. Parce que son voisin, un chef de chantier palestinien, vexé d’avoir reçu de l’eau en contrebas, a remplacé la gouttière, son propriétaire, un garagiste, chrétien libanais, la démolit. Le ton monte. L’aspergé traite l’homme du balcon de « sale con ». Ce dernier réclame des excuses. Le conflit de voisinage s’envenime, se poursuit au tribunal, vire à la crise nationale. Ziad Doueiri, réalisateur libanais, n’a pas froid aux yeux. Avec un humour très noir, il vise et pulvérise, cette fois, pas mal de préjugés et de tabous qui pèsent sur son propre pays. L’histoire se déroule dans le Beyrouth d’aujourd’hui, mais rappelle, aussi, des faits historiques, dont certains étouffés, comme le massacre de Damour, en 1976, où des centaines de civils chrétiens ont été brutalement assassinés par des milices palestiniennes. Or, dès qu’un pays escamote ou enfouit une partie de sa mémoire nationale, la violence ne tend plus qu’à rejaillir. D’abord farce caustique, L’Insulte devient, un moment, un film de procès, à l’américaine, qui se plie fort bien aux lois du genre : tension, émotion, révélations inattendues, irruption du doute sur les torts de chacun… Servi par deux acteurs très convaincants, le cinéaste parvient à éviter la démonstration univoque, en liant constamment l’intime et le politique. Le film n’épouse aucun camp, préférant éclairer les effets pervers de toute cause. Il œuvre pour la vérité, même si elle est blessante.